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La nouvelle propagande antijuive
Essai (broché). Paru en 03/2010

Insensiblement, depuis la guerre des Six Jours (juin 1967), le « racisme » est devenu le principal thème d’accusation visant les « sionistes » et, au-delà d’eux, les Juifs. C’est autour de l’image d’Israël, diabolisée et criminalisée par tous les moyens de la propagande, que s’est constituée la nouvelle vision antijuive désormais mondialement diffusée. De nouveaux stéréotypes antijuifs assimilant Israël, les Israéliens et les « sionistes » aux « nazis » ont été fabriqués et mis en circulation.

L'auteur s'attache ici à examiner les origines et les évolutions de ces différents stéréotypes. Il explique que l’affaire al-Dura a « réveillé » le mythe du meurtre rituel juif en l’adaptant au contexte politico-culturel du troisième millénaire. Le processus de réinvention d’un mythe est relativement bien connu. Sur la base d’accusations mensongères se forment des mensonges historiques qui justifient les haines inexpiables et les massacres à répétition, motivés par le désir de vengeance. Ces mensonges historiques, une fois devenus des mythes, ne meurent pas de mort naturelle. Ils se métamorphosent indéfiniment. Il s’ensuit que le combat pour la vérité doit toujours faire face à une nouvelle version du mythe.

Philosophe, politologue et historien des idées, Pierre-André Taguieff, né en 1946, est directeur de recherche au CNRS, rattaché au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF, Paris). Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont La Force du préjugé (1988), Les Fins de l’antiracisme (1995), L’Effacement de l’avenir (2000), La Nouvelle Judéophobie (2002), Le Sens du progrès (2004), Prêcheurs de haine (2004), L’Imaginaire du complot mondial (2006), L’Illusion populiste (2007), La Judéophobie des Modernes (2008).

 La Shoah: Communiqué  de presse   


expliquée aux jeunes de 12 à 60 ans
Freddy Eytan

Ce livre atypique est une nouveauté didactique. Il explique dans un style simple l'histoire de la Shoah en insistant sur sa singularité. Il apporte un nouvel éclairage pédagogique sur cette période sombre en s'appuyant sur des histoires collectives et individuelles, sur des faits et des chiffres, avec des témoignages d’enfants et d’adultes.

Un ouvrage aussi simple que nécessaire, pour comprendre et ne pas oublier !

Plus d'un million et demi d'enfants, dont le seul crime était d'être né de parents juifs, ont été massacrés durant la Deuxième guerre mondiale. Pourtant, 70 ans après, le fléau de l'antisémitisme existe toujours sous différentes formes et certains groupes et mouvements démentent publiquement la Shoah dans des articles et des tribunes. De récents sondages prouvent que beaucoup d'élèves ignorent l'histoire de la Shoah et les faits historiques. Cet ouvrage comble cette grande lacune. Il sensibilise les jeunes et parle ouvertement de ces questions graves pour éviter que cela ne se reproduise.

L’ouvrage tente de clarifier les événements historiques depuis les origines de l'antisémitisme. Les différents chapitres sont basés sur des faits historiques, mais ils sont racontés d'une manière simplifiée, concise et directe. Les récits sont réels, véridiques et appuyés sur des témoignages d'enfants et d'adultes. Le lecteur pourra facilement recourir aux annexes, aux photos, cartes et tableaux pour approfondir ses connaissances et imaginer les récits. L'avantage du procédé est de pouvoir regrouper en un seul manuel illustré des histoires collectives et individuelles et des messages pédagogiques, dans l'espoir que cet ouvrage servira d'outil de travail indispensable, pour la recherche, l'histoire, les souvenirs et la réflexion.

Editions Alphée-Jean Paul Bertrand- Paris 2010. 

Freddy Eytan, ancien ambassadeur d'Israël, politologue et journaliste-écrivain est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages sur l'histoire de l'Etat juif. Observateur privilégié, il a notamment publié des biographies de Shimon Pérès et d'Ariel Sharon  et Les 18 qui ont fait Israël. Son dernier ouvrage Sarkozy, le monde juif et Israël vient de paraître aux Editions Alphée.

Freddy Eytan est aujourd'hui directeur au CAPE de Jérusalem, centre de recherche sur l'histoire juive contemporaine et les affaires publiques et de l'Etat.  




Sarkozy, le monde juif et Israël, par Freddy Eytan - Crif

Ancien ambassadeur d’Israël, journaliste, politologue, Freddy Eytan est décidément un écrivain prolifique qui nous propose, au cours des ans, des ouvrages très différents. Nous avons pu ainsi apprécier de sa plume, ces dernières années,L’autre visage d’Israël. Souvenirs d’enfance et de jeunesse (1) où Teddy Mettoudi, jeune Juif tunisien, alter ego de l’auteur, racontait les tribulations de son père Julot lors de sonalyah et les difficultés d’intégration des Séfarades dans un pays dirigé alors par des « « Ashkénazes socialistes », Les 18 qui ont fait Israël. Portraits et témoignages (2), une série de portraits, de David Ben Gourion à Shoshana Damari en passant par Isar Harel et Nahman Bialik,  Sharon, le bras de fer(3) ou encore Victor Grayewsky. Agent secret du Shin Beit à Jérusalem, véritable thriller sur fond d’espionnage soviétique en Israël (4).
Avec son nouveau livre, c’est une autre facette de son talent d’enquêteur qu’il met à profit en nous dévoilant les méandres et les cheminement de la relation qui lie le président français, Nicolas Sarkozy à Israël et au monde juif, notamment à la communauté juive de France. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il traite ce sujet : dans David et Marianne. La France, les Juifs et Israël, il évoquait la « longue suite de retrouvailles, de disputes, d’incompréhensions, de froideurs, de ruptures et de réconciliations » et se posait alors la question : « Israël est-il amoureux de la France ? » (5).
Le sous-titre de ce nouvel ouvrage qui n’apparaît pas sur la couverture, « Mariage d’amour ou de raison ? » donne déjà une indication sur la teneur des intentions de l’auteur.
Il était une fois, raconte Freddy Eytan au début de son enquête, un jeune juif grec, Benedict Aaron Mallah, dont la famille, originaire de Salonique, quitte son pays d’origine, en 1904, pour s’installer en France. Fils du joaillier Aaron Mallah, neveu du rabbin Moshé Mallah, le jeune Benedict a quatorze ans.
Il deviendra médecin, chirurgien urologue. Pendant l’Occupation, il se réfugie en Corrèze, épouse une infirmière , Adèle Bouvier et se convertit au catholicisme. Le couple aura deux enfants : Suzanne et Andrée dite Dadu. Dadu, épousera plus tard Pal Sarkozy de Nagy-Bocsa, héritier d’une famille de la petite noblesse hongroise émigrée à Paris.
Et c’est dans un petit hôtel particulier du 46, rue Fortuny, dans le XVIIème arrondissement de Paris, à quelques pas du siège de l’Agence Juive pour Israël, que naît, au domicile de son grand-père « juif », Nicolas Sarkozy, dont sa mère reconnaît, bien volontiers, qu’il songeait déjà, à l’âge de sept ans, à devenir président de la République française.
Dans un chapitre consacré aux premiers contacts avec Israël, l’auteur raconte comment, à l’époque des tirs de Scuds irakiens sur Israël, le président du CRIF, Jean Kahn, réunit plusieurs maires et députés français pour un voyage de solidarité à Jérusalem. Dans cette délégation, on trouve François Léotard, Claude Gérard Marcus, Georges Frèche et…Nicolas Sarkozy dont c’est le premier voyage en Israël.
Au fil des pages, des « fréquentes colères de Chirac » à «  Nicolas et Bibi » en passant par « La visite de Nicolas et Carla », c’est toute l’histoire des relations entre la France et Israël, entre la communauté juive de France et la classe politique française qui est passée en revue.
Le rôle essentiel du CRIF est souvent mis en avant.
Ainsi, Freddy Eytan nous rappelle le dîner du CRIF du 4 janvier 2008, où, malgré les réserves de Théo Klein, initiateur de cette tradition instaurée en 1985, c’est, pour la première fois, à l’instigation de Richard Prasquier, avec le concours toujours précieux du directeur général, Haïm Musicant, le président de la République, Nicolas Sarkozy et non le Premier ministre, François Fillon, qui en est l’invité d’honneur, le 25 mai 2008, quand, sur l’esplanade du Trocadéro, à l’occasion du 60ème anniversaire de l’État d’Israël, Richard Prasquier prend la parole devant le président de la République accompagné de Tsipi Livni, chef de la diplomatie israélienne, le 6 janvier 2009, lors de la visite de Nicolas Sarkozy en Israël où la rencontre avec Benjamin Netanyahou, Premier ministre, se fait en présence de Meyer Habib, vice-président du CRIF ou encore le 30 janvier 2009, lorsqu’une délégation du CRIF conduite par Richard Prasquier est reçue à l’Élysée  alors que l’antisémitisme s’est aggravé à la suite de l’opération israélienne « Plomb durci » à Gaza contre le Hamas.
« Le mariage de Nicolas Sarkozy avec les Juifs et Israël était au départ, écrit Eytan, un mariage d’amour, un véritable coup de foudre. Aujourd’hui, il est devenu moins passionnel et plus raisonnable. Le couple s’aime toujours et probablement pour longtemps encore…Aucune partie ne souhaite le divorce ». L’ouvrage s’achève sur une note d’espoir avec ce mot final :Hatikva !.
Une lecture très agréable et très enrichissante


SARKOZY, Le monde juif et Israël - Edition Alphée


Freddy Eytan

Une passionnante enquête qui lève le voile sur les tabous de la politique israélienne, de la France et de son président.

Depuis l'avènement de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, les relations demeurent au beau fixe : la France et Israël sont redevenus des amis et des alliés... Comment expliquer ce changement vis-à-vis d'Israël? S'agit-il de la personnalité de Nicolas Sarkozy? De son style atypique? De son entourage? Du lobby juif? Ou simplement des mutations stratégiques intervenues dans le monde depuis le 11 septembre 2001 ?... C'est à toutes ces questions et à bien d'autres que ce nouvel ouvrage d'actualité répond.
Pourquoi pendant plusieurs années la France a-t-elle cédé le pas à l'influence des Etats-Unis et aujourd'hui accorde-t-elle son violon avec la nouvelle administration américaine de Barack Obama ? S'agit-il d'un retour au Proche-Orient? D'un retour à l'atlantisme? A l'OTAN? Quelles sont ses réelles intentions à l'égard de la communauté musulmane, devenue la plus importante de France? Les origines juives du président français ont-elles joué  un rôle dans les décisions politiques? Face aux menaces nucléaires de l'Iran, du fléau du terrorisme, de la crise financière, et à la nouvelle vague d'antisémitisme? La nouvelle politique française va t- elle durer ?...
Ce nouvel ouvrage de Freddy Eytan trace le long chemin de Nicolas Sarkozy depuis son enfance et focalise les aspects inconnus de ses origines juives. Il s’agit d’une enquête approfondie racontant les arcanes du pouvoir, et expliquant comment et pourquoi les décisions ont été prises. Une radioscopie et des portraits des acteurs principaux à Paris et à Jérusalem, un véritable décryptage fourmillant d'anecdotes, de plusieurs révélations, de faits inédits et confidentiels depuis la mairie de Neuilly jusqu'à l'Elysée.

Une réponse à l'énigme Sarkozy vis-à-vis d’Israël et de la communauté juive qui détermine, documents à l'appui, si le Président de la République a choisi le mariage d'amour ou de raison…

CAPE (International Centre for Journalists Based in Paris) Press Conference



Freddy EYTAN, ancien officier de presse puis ambassadeur d’Israël, a côtoyé pendant plus de 40 ans les principaux dirigeants de l’Etat Juif. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le conflit israélo-arabe et sur les relations franco-israéliennes. Il a notamment publié des biographies de Shimon Pérès et Ariel Sharon. Il est l’auteur de Les 18 qui ont fait Israël paru aux éditions Alphée en novembre 2007 et de Victor Grayewsky, agent secret du Shin Beit à Jérusalem en 2008.



Le pari de la guerre, d'Ariel Colonomos


Directeur de recherche au CNRS, Ariel Colonomos étudie notamment les rapports entre éthique et relations internationales et les "nouveaux enjeux éthiques de l'après guerre froide". Son dernier livre, intitulé Le pari de la guerre, traite un sujet d'une actualité brûlante, surtout pour le lecteur israélien : celui de la guerre préventive, à travers les exemples récents de la guerre américaine en Irak, de la Deuxième guerre du Liban et de la guerre contre le Hamas à Gaza. L'originalité de ce livre est d'aborder ces thèmes d'actualité sous l'angle bien particulier de la science politique, en replaçant ces événements récents dans le cadre du débat politique et philosophique ancien sur la notion de "guerre juste" et de l'affrontement, beaucoup plus récent, entre juristes militaires et défenseurs des droits de l'homme. Contrairement à l'image caricaturale qu'en donnent souvent les médias, en effet, les Etats-Unis et Israël – et dans une moindre mesure, les autres pays occidentaux – ne laissent jamais les mains libres à leurs armées, mais sont au contraire constamment tiraillés entre les impératifs militaires et sécuritaires et ceux de la politique et du droit. C'est dans cette recherche d'un équilibre délicat que se situe le débat entre les différents acteurs politiques et militaires, dont Ariel Colonomos permet de saisir toute la complexité, en le replaçant dans son cadre historique et conceptuel. Parmi les nombreux aspects abordés dans ce livre original, la notion de "guerre juste" dans la pensée politique occidentale et son évolution, l'opposition entre le droit de la guerre et le droit humanitaire, l'évolution du droit face aux nouvelles armes et technologies, ou le débat juridique sur les "assassinats ciblés".
Avec cet ouvrage érudit, l'auteur permet de mieux comprendre les enjeux et les débats théoriques sous-jacents aux conflits armés dans notre région. Ainsi, il montre comment la guerre menée par Israël contre le Hezbollah au Liban, en 2006, était essentiellement une guerre préventive, et non pas une simple opération de représailles, comme l'ont affirmé hâtivement les médias. On constate, en lisant ce livre, le décalage grandissant entre un Occident judéo-chrétien qui cherche constamment à encadrer l'exercice de la guerre par le droit et par la morale, et un monde arabo-musulman où les jurisconsultes islamistes les plus extrémistes (comme le cheikh Qaradawi) tiennent le haut du pavé et abolissent par leurs fatwas – en autorisant le meurtre des civils sans la moindre réserve – des siècles d'élaboration juridique. Un aspect important de cette confrontation, que le livre ne fait qu'effleurer, est celui du "lawfare" : ou comment le droit (international notamment) devient un outil politique entre les mains des ennemis de la démocratie. Lorsqu'il est coupé de ses fondements moraux et philosophiques, et de la conviction intime de la justesse de son propre camp, l'outil juridique devient une arme à double tranchant, et risque de faire le jeu de l'ennemi. Nous en avons eu récemment une illustration radicale, avec les fausses accusations de crimes de guerre portées contre Tsahal par certains médias israéliens et par des organisations de "défense des droits de l'homme", souvent financées par l'Union européenne, qui obéissent en fait à un agenda anti-israélien bien précis. La multiplication des procédures abusives contre des soldats israéliens, tant à l'étranger qu'en Israël même, illustre également les dangers d'une dérive politique des instances judiciaires.

Editions Denoël 2009, 327 pages, 23 euros.

Pierre I. Lurcat (Article paru dans le magazine VISION D'ISRAEL)

 






L'affaire Copernic. Les secrets d'un attentat antisémite, de Jean Chichizola et Hervé Deguine

Le 3 octobre 1980, une bombe explosait en plein cœur de Paris, devant la synagogue libérale de la rue Copernic, faisant quatre morts et des dizaines de blessés. Cet attentat – le premier d'une longue série qui allait ensanglanter le territoire français – marqua aussi la fin d'une période de relative tranquillité pour les Juifs de France. Le 13 novembre 2008, la gendarmerie royale canadienne arrête un professeur de sociologie de l'université d'Ottawa, Hassan Diab, soupçonné d'être le poseur de bombe de la rue Copernic. Que s'est-il passé pendant les 28 années séparant ces deux événements ? Pourquoi l'enquête de la police française a-t-elle mis aussi longtemps pour aboutir – provisoirement – à cette arrestation ? Jean Chichizola, journaliste au Figaro et spécialiste du terrorisme, et Hervé Deguine, historien et journaliste, apportent des réponses à ces questions dans leur livre, L'affaire Copernic, sous-titré Les secrets d'un attentat antisémite. Dans leur introduction, les auteurs rappellent que l'attentat contre la synagogue Copernic est à la fois un événement historique et un véritable roman policier qui se déroule sur trois décennies. L'intérêt de ce livre est d'aborder les deux aspects, en mêlant avec habileté l'histoire et le polar. Il relate l'attentat et ses suites immédiates, marquées par la fausse piste du groupuscule néo-nazi (la FANE), exploitée politiquement par les adversaires de la droite au pouvoir. Il expose la piste du FPLP-CS, groupe terroriste palestinien membre de l'OLP, dont la culpabilité est apparue très rapidement aux enquêteurs de la DST.

L'affaire Copernic relate aussi la tragédie vécue par les victimes et leurs familles, Juifs et non-Juifs, et aussi Israéliens, aspect peu souvent évoqué dans les médias français. Les auteurs tentent de répondre à la question cruciale de savoir pourquoi cette affaire est demeurée non élucidée pendant presque trois décennies, en faisant la part des raisons techniques (complexité de l'enquête, manque de coopération entre Etats) et des motifs politiques (le caractère délicat du dossier palestinien, et la relégation au second plan du terrorisme moyen-oriental, à partir des années 1990, avec l'émergence du terrorisme islamiste). Ce livre fort intéressant laisse néanmoins le lecteur sur sa faim, ne serait-ce que pour la raison que l'affaire Copernic attend encore de connaître son dénouement. Hassan Diab sera-t-il jugé et, s'il est coupable, condamné à une peine à la hauteur de son crime ? Seules les réponses à ces questions permettront d'écrire l'épilogue de cet épisode tragique.

Pierre Itshak Lurçat

 

Editions Mille et Une Nuits (Fayard) 2009, 234 pages, 20 euros.






Paul Giniewski, "Simone Weil ou la haine de soi", Berg International 1978 (disponible chez l'éditeur, berg.international@wanadoo.fr)


Simone Weil et la haine d'Israël - Itshak Lurçat

A Paul Giniewski

"Je ne disculperais pas aisément Simone Weil de l'accusation d'antisémitisme [...]. Sa proposition d'interdire les mariages non mixtes afin d'éliminer le judaïsme équivaut à une volonté d'ethnocide".
Raymon Aron

"La malédiction d'Israël pèse sur la chrétienté. Les atrocités, l'Inquisition, les exterminations d'hérétiques et d'infidèles, c'était Israël. Le capitalisme, c'est Israël. Le totalitarisme, c'est Israël..."
S. Weil, La pesanteur et la grâce.

Simone Weil, philosophe d'origine juive dont on célèbre actuellement en grande fanfare le centenaire, a fait l'objet, de son vivant et depuis sa mort en 1943, de très nombreuses études, biographies ou monographies. Mais curieusement, la plupart des livres qui lui ont été consacrés – à l'exception notable de celui de Paul Giniewski – ont tous ignoré un aspect essentiel de sa personnalité et de sa pensée : son judaïsme, ou plus exactement son rejet du judaïsme et d'Israël. De nombreux auteurs ont ainsi évoqué la philosophe, la militante, la syndicaliste, la mystique, la chrétienne (souvent qualifiée de "Sainte")... Mais aucun, depuis Giniewski, ne s'est penché sur la figure captivante, et étonnament moderne, de la Juive atteinte de cette maladie terrible, la haine de soi.

Dans son livre intitulé Simone Weil ou la haine de soi *, Paul Giniewski observait fort justement, il y a plus de 30 ans, que la littérature sur Simone Weil comporte une lacune. Il remarquait aussi le "concert de louanges" entourant Simone Weil : "On lui prête tant de vertus qu'on est tenté, paraphrasant une de ses remarques sur les Romains, d'écrire qu'il serait plus simple d'énumérer celles qu'elle ne possédait pas : on n'en trouverait guère...". Cette remarque n'a rien perdu de son à-propos, au contraire... On est presque gêné en lisant, dans le flot de livres et d'articles parus à l'occasion du centenaire de sa naissance, les superlatifs distribués sans la moindre retenue. J'en donnerai seulement deux exemples, parmi des centaines. Cette expression de Christiane Rancé, une de ses biographes, qui parle sans ironie de la "courbe parfaite de sa vie", et cette affirmation du philosophe Michel Serres (citée par C. Rancé) : "Ce qu'il y a d'exceptionnel chez Simone Weil, c'est qu'elle ne s'est jamais trompée...". Nous allons voir que, précisément, Simone Weil s'est beaucoup trompée, surtout sur un sujet important, qui est au cœur de son itinéraire spirituel et intellectuel : les Juifs et Israël.
 
Comment expliquer l'engouement pour Simone Weil, philosophe austère, prônant le dénuement et la chasteté, en notre époque de consommation et de liberté sexuelle absolue ? L'hypothèse que je voudrais développer dans le cadre restreint de cet article est que la modernité de Simone Weil (et peut-être aussi l'intérêt démesuré qui lui est manifesté en France et ailleurs, au-delà du phénomène éditorial) tient justement à son attitude ambigue et négative – que ses biographes ignorent ou minimisent – envers ses origines juives, envers le judaïsme, et envers Israël, peuple et religion (elle est décédée avant la création de l'Etat d'Israël, mais on devine aisément comment elle l'aurait accueilli...).

Modernité de Simone Weil
 
Ce qui frappe de prime abord, en parcourant la profusion des ouvrages, articles et recensions consacrées à la philosophe Simone Weil, c'est le caractère excessif de sa pensée et de son engagement. Sans diminuer l'intérêt de son œuvre philosophique et politique, on peut dire qu'elle est plus idéologue que philosophe. C'est une intellectuelle engagée, avec certes beaucoup de sincérité, mais aussi avec un excès et un jusqu'au boutisme jamais démentis. Voici, en vrac, quelques traits de son engagement politique, qui témoignent tous de son caractère très actuel.
 
Pacifiste. Encore étudiante, elle adhère au mouvement pacifiste "Volonté de Paix", créé par les élèves du philosophe Alain. Elle restera pacifiste jusqu'à sa mort, en pleine guerre, soutenant avec obstination les Accords de Munich (elle qualifie le statu-quo "d'injustice infligée aux Sudètes") et faisant preuve à l'égard de l'Allemagne nazie d'un aveuglement total, comme le montre bien Giniewski. (Ce qui n'empêche pas l'académicien Serres de dire qu'elle ne s'est "jamais trompée"...)
 
Syndicaliste et ouvrière. Un demi-siècle avant la mode de l'intellectuel "établi" (chez les militants de la Gauche Prolétarienne et des autres mouvements maoïstes), Simone Weil part travailler en usine, pour y découvrir de près la condition ouvrière (titre d'un de ses livres).
 
Agitatrice. Elle adore faire scandale, dans tous les sens du terme (ses parents, et son frère André Weil, mathématicien renommé, n'y voient qu'une manie d'adolescente...) Et elle sait utiliser les médias, bien avant l'invention de la télévision. Ainsi, dans la ville tranquille du Puy, où elle enseigne, elle crée un "syndicat des chômeurs", suscitant la fureur du maire (dont elle a investi le bureau) et se faisant interpeller par la police. "Il n'y a que Simone Weil pour réussir à provoquer une grève de chômeurs", note avec amusement son ancien professeur Alain.
 
Compassionnelle. Ses engagements politiques sont toujours motivés, plus que par la raison, par la passion, et surtout par la compassion. Elle aime son prochain, c'est-à-dire toute l'humanité, (sauf les Juifs, observe justement Giniewski). Lisant dans la presse la description de la révolte des coolies – les paysans indochinois – elle s'identifie à eux : "Des larmes de honte m'étouffaient, je ne pouvais plus manger"... Cet amour ne connaît pas de limite : en pleine guerre, elle défend un jeune Allemand...
 
Antisémite. C'est bien entendu le côté le plus sombre (et le plus tabou) de sa personnalité, tellement louée par ses contemporains comme par les nôtres... Juive antisémite, Simone Weil abhorre tant la religion de ses pères (dont elle ne sait presque rien) que le peuple juif dans son ensemble, pour lequel elle ne témoigne d'aucune compassion, même pendant les heures les plus sombres de la montée du nazisme et des persécutions hitlériennes. Au contraire, elle manifeste une compassion exclusive pour toutes les victimes autres que les Juifs... Obsédée par la "cruauté" de l'Ancien Testament, elle revient sans cesse sur le sujet des massacres commis par les Hébreux ("Les Hébreux n'ont presque fait qu'exterminer, du moins avant la destruction de Jérusalem"... Et ailleurs : "Les Hébreux conduits par Josué, purent massacrer sans peine des populations sans défenseur"...). Sa conclusion logique, mais peu originale, est qu'il faut "purger le christianisme de l'héritage d'Israël".
 
Une "alter-juive" avant l'heure

 
Loin d'être anecdotique ou accessoire, l'aspect juif (ou antijuif) de la pensée et de l'engagement de Simone Weil revêt, à mon avis, une importance cardinale pour comprendre sa personnalité et aussi pour décrypter l'engouement qu'elle suscite jusqu'à aujourd'hui. Sa haine d'Israël est en effet la conséquence de son pacifisme extrémiste et de sa compassion universelle. Elle est à la fois pleine d'amour pour les hommes, surtout les plus pauvres et les plus malheureux, et pleine de haine et de ressentiment pour Israël. En cela même, elle est extrêmement moderne, et ressemble à un abbé Pierre défendant Garaudy. En avance sur son temps, elle pratique déjà ce que Finkielkraut a appelé récemment l'antiracisme antisémite. On l'imagine bien manifestant pour la Palestine, sous les drapeaux du Hamas, ou contre la guerre en Irak...

J'exagère ? A peine... J'en veux pour preuve ces lignes tirées de Témoignage chrétien, journal qui est conforme à la ligne politique de Simone Weil, par son antisionisme chrétien de gauche. On peut y lire, sous la plume de François Thuillier, un hommage intitulé "Simone Weil, la petite fiancée de la mort", qui est à la fois lucide et excessif dans l'éloge, et qui illustre la passion suspecte que suscite la personne de Simone Weil aujourd'hui en France. "Tout ayant été dévoilé bien avant sa mort, elle n'aura de toute façon rien manqué. Certes, mai 1968 l'aurait attristée, la Chute du Mur l'aurait ennuyée et Al-Qaida l'aurait amusée, mais tout cela aurait peu compté... Elle vécut le tout de ce qu'elle savait, portant la souffrance comme un sacrement. Elle fut ce lutin magnifique qui éleva la voix au milieu des pharisiens et des notaires de l'Histoire. Cette Antigone fragile qui frôla à la fois le glaive et la croix..." Etc. Ce lyrisme béat d'admiration exprime sans doute mieux que toutes les analyses ce que représente pour une certaine idéologie contemporaine la personne de Simone Weil, juive qui ne s'aimait pas et qui détestait les siens. "Al-Qaida l'aurait amusée", écrit sans honte ce professeur d'études stratégiques... Triste époque !





Qui furent les premiers résistants ?

Alain Griotteray

11 novembre 1940. Des étudiants défient les nazis en commémorant l'armistice de la Première Guerre mondiale devant le tombeau du soldat inconnu. A seulement 17 ans, Alain Griotteray est l'un des instigateurs de cette première manifestation contre l'occupant. Repéré à l'occasion par Henri d'Astier de la Vigerie, il rejoint le réseau de ce dernier puis en prend le commandement en 1943, devenant ainsi le plus jeune chef de réseau de la Résistance. Son réseau prend le nom de réseau Orion.
Dans cet ouvrage Alain Griotteray brosse le portrait de vingt-trois héros qui furent ses camarades, ses pairs ou ses chefs, de ceux qui passèrent de la guerre à la Résistance sans prendre le temps de respirer. Il faut que l'on se rappelle qui étaient ces hommes, qui les premiers relevèrent le gant, les premiers à répondre à l'appel du Général de Gaulle.
L'historiographie officielle les a rayés de la mémoire collective française parce qu'ils constituent la négation même d'un mythe soigneusement entretenu depuis quarante ans : La Droite aurait collaboré, la Gauche serait la Résistance. Alain Griotteray montre pourquoi un comportement de droite ne pouvait conduire qu'à résister, dès la première heure, à l'occupant; trop d'impostures et d'oublis ont recouvert les premiers mois de l'occupation, «La rose et le réséda» dit le poème d'Aragon ; Alain Griotteray montre que le réséda précédait la rose; Honoré d'Estienne d'Orves, héros charismatique, a vécu sa passion et sa mort pour la France avant ceux qui périrent à leur tour, comme Gabriel Péri, après l'entrée en guerre de l'Union soviétique.
Voici enfin une nouvelle édition de cet ouvrage fondamental qui a connu un vrai succès au point de devoir être réédité plusieurs fois. Alain Griotteray y a ajouté un nouvel avant-propos qui prend une dimension particulière, car il a disparu peu après, fin août 2008.

Alain Griotteray a créé le Figaro Magazine pour lequel il a été éditorialiste de 1978 à 2000. Homme politique, écrivain et journaliste, il a publié plus d'une trentaine d'ouvrages. Il fut un des grands témoins de l'époque.





La Bombe et le Coran

de Michel Taubmann

255 pages, 14 x 20 cm, 9782354170073
Collection : , éditeur : Editions du Moment, 2008

(25 €), 385 gr

De nombreux spécialistes se sont penchés sur la crise du nucléaire iranien dont chacun pressent qu'elle pourrait précipiter le monde dans une nouvelle guerre. Mais il n'existait jusqu'à présent aucun livre consacré à l'un des personnages clés de cette crise : le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Cette biographie inédite lève le voile sur un parcours extrêmement mystérieux. Né en 1956 dans une famille pauvre, Mahmoud Ahmadinejad a participé comme étudiant à la Révolution khomeiniste de 1979 dans les rangs des islamistes les plus radicaux. Gouverneur de la province d'Erbil en 1993 puis maire de Téhéran en 2003, il fut longtemps un homme de l'ombre qui participa à de nombreuses missions secrètes liées au terrorisme international. Son ascension commence véritablement après la victoire du réformateur Khatami à l'élection présidentielle de 1997. Dirigeant des Bassidjis, une milice para-militaire, Mahmoud Ahmadinejad mène des opérations violentes contre tous ceux, étudiants, artistes, écrivains, qui croient à une évolution démocratique du régime. Son élection surprise à la présidence de la République en juin 2005 parachève la mainmise de la mouvance la plus obscurantiste sur l'État iranien. La bombe dans une main et le Coran dans l'autre, Mahmoud Ahmadinejad se croit porteur d'une mission divine qui imposerait de plonger le monde dans l'apocalypse nucléaire afin de hâter le retour sur terre de l'imam caché, le " Messie " des chiites. Cette histoire est terrifiante.

Michel Taubmann est journaliste à Arte. Il est aussi le rédacteur en chef de la revue Le Meilleur des mondes (éditions Denoël) qui compte dans ses rangs certains des experts en relations internationales les mieux infirmés. Il a co-dirigé le livre Irak An I (éditions du Rocher, 2004).

 

L'Islam radical à la conquête du monde (Broché)

de Daniel Pipes

Daniel Pipes est l'un des plus grands spécialistes contemporains de l'islam. Longtemps avant le 11 septembre 2001, il expliquait qu'une guerre avait été déclarée au monde occidental par les adeptes de l'islam radical. En une période où cette guerre est devenue plus visible et où des filières terroristes frappent ou tentent de frapper aux quatre coins de l'Europe et de la planète, les analyses qu'il fournit sont devenues un apport intellectuel indispensable. Pour agir efficacement, explique Pipes, il faut penser juste. Et discerner tout d'abord que nous ne sommes pas dans un " choc de civilisations " opposant l'Occident chrétien et l'islam : en leur immense majorité, les musulmans ne se reconnaissent pas dans l'islam radical, ils sont souvent, même, les premières victimes de celui-ci. Pour penser juste, il faut aussi comprendre l'ennemi, et Pipes offre ici une approche très exhaustive de tout ce qui sépare la religion musulmane de l'islam radical, dogme totalitaire composite où se retrouvent des éléments venus du communisme, du tiers-mondisme et du nazisme. Reste ensuite à faire ce qui doit l'être : combattre sans merci l'islam radical, et aider les musulmans à intégrer la modernité. Comme le dit Pipes, l'islam radical est le problème, l'islam modéré est la solution.







Contre Israël
De l’amour de la Palestine… à la haine des Juifs    


Auteur Albert Naccache

« Est-il permis de critiquer Israël ?» 
Cette question posée par Pascal Boniface, reprise par Eric Hazan, Daniel Mermet, Denis Sieffert, Hamid Barrada et bien d’autres est toujours d’actualité.
Ainsi, l'association Vigie Média Palestine affirme : 
«Le chantage à l'antisémitisme est d'utilisation de plus en plus courante à l’encontre de toute critique de la politique israélienne et de toute manifestation de solidarité avec les Palestiniens. … Il en résulte pour nos médias la pratique de l'autocensure, la langue de bois ou la désinformation pour tenter d'échapper aux actions d'intimidation exercées de manière systématique et agressive par un petit groupe très actif qui vise à étouffer dans l’œuf toute expression critique de la politique israélienne grâce à l'exploitation de la charge émotionnelle suscitée par les pratiques nazies de sinistre mémoire ».

Ces accusations sont-elles justifiées ? Qu’en est-il vraiment ?
 Pour répondre à ces questions, l’auteur s’est livré à une véritable enquête fondée sur une veille informationnelle à la source et sur une démarche rigoureuse d’analyse illustrée par de nombreux exemples.

Il vous fera découvrir le monde de la pro Palestine, ses acteurs, ses croyances et ses réseaux ainsi que le choix de la résistance armée et ses conséquences.

Vous découvrirez  qu’au-delà de la simple critique conjoncturelle d'une politique et d’un gouvernement, on se retrouve souvent en face d’une remise en cause des fondements même de l'État d’Israël.
La  diabolisation d’Israël, sa délégitimation ont ainsi entraîné la naissance à la fin du XXe siècle, d’un nouvel antisémitisme qui débouche prioritairement sur le refus de l'Etat d’Israël à l’existence.  Ce nouvel antisémitisme utilise les symboles et images associées à l’antisémitisme classique pour caractériser Israël et établit des comparaisons entre la politique actuelle d’Israël et celle des nazis.        

En dehors d’Israël, à l'antisémitisme d'extrême droite se sont ajoutés un antisémitisme d’extrême gauche et un antisémitisme islamiste actif.
Dans cette exploration du monde arabo-musulman, des chrétiens, des Juifs, des intellectuels, de la presse, des rouges bruns verts, d’Internet et de la rue, l’auteur  vous fera rencontrer facilitateurs, manipulateurs et auteurs de violences. 

L’auteur a aussi découvert dans le monde arabe, des hommes déterminés qui rejettent  la culture officielle fondée sur le culte de la violence, la haine des Juifs et le refus d’Israël.

Editions Cheminements.







Pour Allah, jusqu'à la mort

Par Paul Landau

Ils s'appellent Lionel, Muriel, David ou Steven. Ils sont nés dans des familles catholiques ou protestantes, en France, en Belgique ou en Allemagne. Leurs vies étaient très ordinaires et ils ressemblaient comme deux gouttes d'eau à votre voisin de palier… Jusqu'au jour où leur existence a basculé, en les projetant sous les feux de l'actualité.
Le 9 novembre 2005, une jeune femme belge, Muriel Degauque, se faisait exploser en Irak, devenant la première femme kamikaze européenne. Au même moment, s'ouvrait devant la cour d'assises de Douai le procès de Lionel Dumont, lui aussi converti à l'islam radical et membre du « gang de Roubaix », qui défraya la chronique dans les années 1990. En décembre 2001, trois mois seulement après les attentats du 11 septembre, l’Amérique tout entière découvrait avec stupeur sur les écrans de télévision le visage hagard et ensanglanté du « taliban américain », John Walker Lindh, capturé à Mazar-i-Sharif.
Ces événements ne sont pas des faits isolés. Ils s'inscrivent dans une vague qui touche aujourd'hui tous les pays occidentaux : la conversion à l'islam sous sa forme la plus extrême, qui conduit des jeunes européens et américains à s'engager dans le terrorisme, le djihad et la guerre sainte, en Irak, en Afghanistan ou ailleurs.
Qui sont ces « soldats perdus » du djihad ? Comment un jeune Français, issu d'une famille catholique ouvrière, ou un adolescent américain élevé en Californie peuvent devenir du jour au lendemain des musulmans aux idées radicales, en coupant tous les liens avec leur famille et leur milieu d'origine, et en sacrifiant leur liberté, voire leur vie, pour une cause dont ils ignoraient tout quelques années auparavant ? Quelles sont leurs motivations, avouées ou secrètes ? Pourquoi les services de renseignements européens sont-ils inquiets de l'expansion de ce phénomène et comment tentent-ils de le combattre ?
Pour la première fois, un livre répond à ces questions, et à de nombreuses autres, en tentant de décrypter le « profil » des convertis à l’islam radical en Occident. Parmi les cas traités : ceux de Muriel Degauque, de Lionel Dumont, des frères Courtailler, les « gaulois » d'Al-Qaida, de Steven Smyrek, le terroriste allemand du Hezbollah ou d’Adam Gadahn, le porte-parole américain d’Al-Qaida.
Le livre analyse de nombreux exemples en Europe, aux États-Unis ou en Australie, et dresse des portraits fascinants de ces hommes et femmes très ordinaires, devenus des soldats fanatiques de l’islam radical. A travers l’étude du parcours de ces nouveaux djihadistes, il analyse l’engouement pour l’islam de jeunes occidentaux de plus en plus nombreux et tente d’en comprendre les causes profondes. Ses conclusions sont inquiétantes pour la France et pour les autres pays confrontés à ce phénomène alarmant.

Éditions du Rocher






Un devoir de mémoire
Sortie le 18 septembre 2008

Par Michel Gurfinkiel

Un témoignage d’une humanité et d’une densité exceptionnelle qui introduit à des réflexions approfondies sur la Shoah, ce que l’on nomme le devoir de mémoire, et comment ne pas l’instrumentaliser. L’alliance du témoignage et de la réflexion, parfaitement aboutie, constitue réellement un devoir de mémoire. Un petit garçon de neuf ans, coiffé à la Jeanne d’Arc, aux yeux profonds, au sourire heureux : cette vieille photo, Michel Gurfinkiel la regarde tous les jours. C’est celle de son frère Charles, né à Montmartre en 1933, « raflé » le 16 juillet 1942 à Paris et assassiné un mois plus tard à Auschwitz. Un « aîné » et pourtant un enfant pour l’éternité. Une présence familière, intime, et en même temps une blessure jamais refermée.
Quand le président de la République, Nicolas Sarkozy, propose de confier à des élèves de CM2 la mémoire des onze mille enfants juifs de France assassinés pendant la Shoah, Michel Gurfinkiel est interloqué : quelqu’un, à l’orée du XXIe siècle, « adopterait » donc Charles ? Mais qui ? Comment ? Et quel sens peut avoir un tel pacte d’enfant à enfant, au-delà des générations, des familles religieuses, ou des « idées » , « certaines » ou incertaines, que chacun se fait de la patrie, de la République ou des droits de l’homme ?
Il fait part de son émotion, et de ses interrogations, à la radio juive RCJ ou dans un éditorial à Valeurs Actuelles. Les réponses qu’il reçoit, extraordinairement nombreuses, le décident à aller plus loin. En quoi la Shoah est-elle unique ? Peut-on « communiquer » sur l’indicible ? Qu’est ce que le « devoir de mémoire » ? Que faire pour ne pas l’ « instrumentaliser», et même le retournercontre les survivants ?
Michel Gurfinkiel est le président de l'Institut Jean-Jacques Rousseau, un institut européen d'études et de recherches spécialisé dans les questions stratégiques et géopolitiques. Il est historien, écrivain, journaliste (Valeurs Actuelles, Commentary, The Wall Street Journal). Parmi ses ouvrages récents : La Cuisson du Homard, Réflexions intempestives sur la nouvelle guerre d'Israël (Michalon), Le Retour de la Russie (Odile Jacob), Le Testament d'Ariel Sharon puis Le Roman d'Odessa (Editions du Rocher 2005), et Le Roman d’Israël (2008).

Edit Plus/Editions Alphée.Jean-Paul Bertrand







JOHN McCAIN «Le survivant »

Par Marjorie Paillon & Martial You
Sortie le 11 septembre 2008

Un des rares documents sur ce personnage qui pourrait bien surprendre l’Amérique et le monde! Le vote « Symbole » ou le « Patriarche » ?
L’Amérique doit se remettre des huit années les plus traumatisantes de son histoire récente… Huit années où elle a subi deux crises économiques, une guerre en Irak et bien sûr les attentats du 11 septembre. Huit années qui l’ont faite douter d’elle-même ! L’Amérique a le choix, aujourd’hui, entre le premier président noir qui symboliserait le renouveau et le changement, Barack Obama. Ou le retour aux valeurs traditionnelles avec un héro de la guerre du Vietnam, John McCain. Marjorie Paillon et Martial You sont allés à la rencontre des Américains, des politiques, des éditorialistes et des intimes du candidat républicain pour nous faire découvrir ce que les Etats-Unis pensent et attendent de ce vieux loup de la politique qui aura 72 ans au moment de l’élection. Qui est-il ? Quelle est son histoire ? Comment a-t-il survécu au Vietnam ? Pourquoi est-il un opposant farouche de George W. Bush ? Comment va-t-il assumer le bilan de l’actuel président des Etats-Unis ?
Les deux journalistes dressent également un état des lieux de l’Amérique d’aujourd’hui préoccupée par la hausse des prix de l’essence, la baisse du pouvoir d’achat, la lutte contre le réchauffement climatique et les questions d’immigration plutôt que par le départ ou non des troupes d’Irak. Une enquête qui vous emmène dans les coulisses de la campagne de John McCain, dans les couloirs de la Maison Blanche, au sein d’une patrouille de « Minutemen » qui longe la frontière mexicaine pour empêcher les immigrants illégaux d’entrer, dans la sacristie d’une « megachurch » en terre évangéliste, parmi les petits blancs pauvres de Pennsylvanie, avec des retraités de Détroit qui traversent la frontière pour aller acheter leurs médicaments au Canada. Vous découvrirez également des américains frappés par la crise des subprimes et vous passerez quelques pages au sein de la communauté noire de Pittsburgh.
Ce livre vous fera découvrir l’histoire typique d’une famille américaine, celle de John McCain et vous livrera le vrai visage des Etats-Unis de l’après-Bush.
Marjorie Paillon, 28 ans, est journaliste politique. Elle découvre la politique made in USA en 2003, en plein coeur de la guerre en Irak dans les newsroom de NBC et CTV. Après avoir décortiqué l'actualité américaine dans des documentaires et reportages pour la télévision française, elle officie actuellement sur BFM Radio et BFMTV. Elle est la fondatrice et rédactrice en chef de www.ilovepolitics.info, blog de référence sur la campagne présidentielle américaine.
Martial You, 35 ans, est journaliste économique à Europe 1. Il a déjà suivi plusieurs élections américaines. Il a publié en 2008 un ouvrage sur la crise financière actuelle, « Subprimes, la faillite mondiale ? » avec Philippe Waechter aux éditions « Alphée Jean-Paul Bertrand ». Il a travaillé à BFM, RFI, TV5 Monde, Les Echos avant de présenter les informations sur Europe1.

Edit Plus/Editions Alphée.Jean-Paul Bertrand





Présentateur vedette

Ce qu’on ne vous a jamais dit sur Patrick Poivre d’Arvor et les coulisses du 20 heures de TF1

Par Jacques Asline

Patrick Poivre d’Arvor vient d’être abruptement remercié en pleine gloire. Depuis vingt ans, il dirigeait à TF1 le plus grand journal de France, premier témoin de l’actualité de
Giscard à Mitterrand et de Chirac à Sarkozy, recordman toutes catégories avec 30 ans de télévision et bientôt près de 10000 journaux de 20 heures à son actif.
Que s’est-il passé en réalité ? Le journal télévisé a ses mystères, inconnus du grand public, du profane et même parfois des journalistes eux-mêmes. Seuls les artisans du premier cercle, présentateur et réalisateur en connaissent toutes les recettes qu’ils ne livrent jamais au public à cause du nécessaire devoir de réserve, de la concurrence entre les chaînes et même d’une évidente modestie, l’important étant naturellement l’actualité elle-même et non pas ceux qui la mettent en lumière. Quatre mois après la publication d’un livre anonyme qui critiquait les vedettes de la Une, les explications sur la vie du journal restent le plus souvent biaisées car livrées par des commentateurs extérieurs au journal ou mal intentionnés. On en voit le résultat ! Seul un témoin présent quotidiennement depuis vingt ans aux premières loges dans les coulisses de la rédaction pouvait livrer un récit visuel et informé, un point de vue non partisan qui permette de renouer les fils évidemment politiques du journal télévisé. Cet ouvrage brise pour la première fois le silence et donne les clefs de l’émission qui reste la plus regardée des Français. Dans cette chronique écrite au jour le jour, mémoires d’hier et instantanés d’aujourd’hui, raconté par ceux qui l’ont vécu et sont encore aux commandes, la télévision se dévoile dans ses rouages les plus intimes.
Réalisateur de Patrick Poivre d’Arvor à TF1, Jacques Asline connaît tous les secrets du journal, ses acteurs, son fonctionnement et son histoire. Diplômé de l’IDHEC, maîtrise de philosophie, il a réalisé des émissions d’information ou des soirées électorales pendant trente ans, animé une émission littéraire et publié deux livres sur la télévision : La bataille du 20H (Acropole) et Profession présidentiable (Plon) qui a obtenu le Prix européen du livre de communication politique de l’IFA.

Edit Plus/Editions Alphée.Jean-Paul Bertrand








Ni fiers ni dominateurs

Par Roger Cukierman


Roger Cukierman, qui précéda Richard Prasquier à la présidence du CRIF, de 2001 à 2007, se penche sur son passé et nous livre ses souvenirs. Par delà ses « années CRIF », l’auteur nous offre, dans un texte alerte et agréablement écrit, une réflexion précieuse sur les grands problèmes de notre temps. On découvre, au fil des pages, combien la présidence de la grande institution nationale qu’est devenue le CRIF au fil des ans, peut ouvrir de portes, en France comme à l’étranger et, partant, l’importance qu’accordent tous les leaders politiques à l’avis de la communauté juive, de ceux que Roger Cukierman aime appeler les Français juifs.
Originaires d’Ozarow, petit village polonais situé à une centaine de kilomètres de Varsovie, les Cukierman disparaîtront, pour une grande part, dans les fours crématoires de Treblinka. Le père de Roger, Chil Majer, dit Max, étudiant de yeshiva et futur boutonniériste, fuyant la misère et l’antisémitisme endémique, préfère l’exil et rejoint la France en 1932. C’est là que naît, dans le 19ème arrondissement de Paris, en 1936, le petit Roger. Enfant caché pendant les années noires de l’Occupation, il devra changer de patronyme et se transformer en bon petit chrétien.
Très jeune, quelques années après la Libération, Roger Cukierman va découvrir sa vocation : la haute finance, un domaine qui le conduira rapidement aux commandes du groupe financier dirigé par Edmond de Rothschild dont il sera plus tard l’exécuteur testamentaire.
2000. Le tournant du siècle et du millénaire. Une vague d’antisémitisme d’un nouveau genre balaye la France. Dans les banlieues où vivent des milliers de Juifs, souvent de petites gens, des bandes de jeunes, pour la plupart d’origine afro-maghrébine, sur fond d’Intifada et sous le prétexte fallacieux de solidarité avec les Palestiniens, attaquent des enfants juifs à la sortie des écoles. Des synagogues brûlent, des écoles reçoivent des cocktails Molotov, des rabbins sont agressés. A Paris et dans les banlieues tout comme en province, l’insécurité s’étend et il ne fait pas bon exhiber une kippa ou une étoile de David. Le 7 octobre 2000, lors d’une manifestation pro-palestinienne, entre la Bastille et la République, on entend des cris de « Mort aux Juifs ». Au moment, précisément, où Roger Cukierman s’apprête à profiter d’une retraite bien méritée. Dès lors, parce que « notre histoire démontre que quand les Juifs sont menacés, quand des tombes sont profanées, c’est la liberté qui est en danger », sa décision est prise : membre depuis quelques années du Bureau Exécutif du CRIF, l’organe de représentation politique du judaïsme français créé en 1943, il décide d’en briguer la présidence. Et ce coup d’essai est un coup de maître : le 13 mai 2001, il est élu pour trois ans et sera reconduit dans ses fonctions en 2004.
Au cours de ses six années de mandature, ce président qui n’a pas sa langue dans sa poche, considère qu’il est légitime  de « revendiquer le droit de critiquer son gouvernement » et que l’on peut tout à la fois aimer la France et Israël sans être taxé de tenant de la double allégeance. Pour le nouveau président, nous devons revendiquer énergiquement le droit d’être défendus et protégés car « nous sommes las du rôle de victimes ». Et Roger Cukierman saura le dire, haut et fort, notamment lors des fameux « Dîners du CRIF », à toute la classe politique, de droite comme de gauche, députés, sénateurs, ministres, présidents de la République.
« Nos objectifs sont limpides et républicains. Ils ne vont à l’encontre ni des intérêts nationaux ni des valeurs de paix, de liberté et de justice » clame Roger Cukierman. Et c’est en brandissant le drapeau français et en chantant La Marseillaise qu’à son appel, le 7 avril 2002, deux cent mille Français arpenteront les pavés de Paris et des grandes villes du pays. Lutte contre l’antisémitisme, défense du droit d’Israël à l’existence et à la sécurité, action contre la nucléarisation militaire de l’Iran, mais aussi volonté de voir Jérusalem reconnue comme capitale de l’Etat juif ou encore de voir Israël rejoindre l’Organisation Internationale de la Francophonie.
Sur la plupart des hommes politiques qu’il a côtoyés aux cours de six années particulièrement denses, l’ancien président du CRIF nous donne un éclairage nouveau et un avis pertinent. Ainsi, parmi bien d’autres, « Lionel Jospin est un homme de cœur, d’une parfaite sincérité. Il n’a malheureusement pas pris la mesure de la gravité de la situation, probablement mal informé. Il est aussi influencé par sa conception d’une France laïque où les différences de religion ou d’origine doivent s’effacer et faire disparaître les tendances communautaristes auxquelles il est allergique », « Nicolas Sarkozy est l’un des rares hommes politiques capables de vous mettre immédiatement à l’aise et de vous donner le sentiment que vous êtes son ami intime…Ses opinions sont tranchées et parfois brutales », Philippe Douste-Blazy « est un homme à multiples facettes, capable de surnager dans les eaux les plus difficiles du monde politique », Bertrand Delanoë « est un homme au contact chaleureux, au tutoiement immédiat et un excellent orateur qui ne lit pas ses discours. Il est à la fois l’ami des juifs et des musulmans ». Jacques Chirac, enfin, avec lequel la relation aura été pour le moins tumultueuse : « Je crois que son goût pour le rôle de leader du tiers-monde l’a amené à être plus proche des idées généralement acceptées à gauche. En résumé, l’homme de cœur l’emporte probablement sur l’homme d’Etat ».
Un témoignage de première main sur six années essentielles de la vie de notre pays, de la communauté juive et d’Israël.
Un cahier de photographies agrémente cet ouvrage d’une excellente qualité dont on ne peut que recommander la lecture
 
Jean-Pierre Allali
 
(*) Editions du Moment. Septembre 2008. 276 pages. 19,95 euros.







La judéophobie des modernes, métamorphoses de la haine

Depuis de longues années Pierre-André Taguieff construit une œuvre imposante, au carrefour de l'histoire des idées, de la sociologie et de l'intervention politique. Directeur de recherches au CNRS, enseignant à Sciences-Po, il a contribué, en une trentaine de livres, à renouveler l'analyse du racisme dans la société contemporaine. Il a notamment souligné les insuffisances de l'antiracisme, montrant qu'on se trompe d'adversaire et de combat, si l'on croit vivre dans les années 1930 et n'avoir affaire qu'à des répétitions du nazisme, indique Roger-Pol Droit, dans le Monde du 29 août 2008.
Travaillant sur des sujets conflictuels, porteurs de querelles passionnées, ne répugnant pas à la polémique, Taguieff suscite critiques et controverses. La somme tout à fait remarquable qu'il publie aujourd'hui, La judéophobie des modernes, ne fera pas exception. Car le politologue s'y emploie à démontrer comment fonctionne le changement majeur intervenu au cours des dernières décennies : la haine envers les juifs passe désormais par la détestation de l'Occident. Autrefois, les racistes européens haïssaient dans le juif celui qu'ils jugeaient extérieur (non chrétien, oriental, sémite...). Aujourd'hui, c'est au contraire en détestant l'Occident qu'on va haïr le peuple juif, car il symbolise désormais ce qu'on veut détruire (judéo-christianisme, capitalisme, libéralisme, impérialisme). "Le peuple juif a été désorientalisé ou désémitisé, pour être radicalement occidentalisé", souligne Taguieff.
Principale conséquence : l'antisionisme - qui accuse l'Etat d'Israël de violence systématique, de racisme, d'apartheid et qui, sous sa forme radicale, veut sa disparition pure et simple en l'accusant de tous les maux du monde - constitue pour Taguieff le dernier avatar de l'antique et multiforme haine des juifs. "Le slogan "Mort à Israël !" a remplacé le slogan "Mort aux juifs !"", écrit-il.
Ceux qui refusent d'admettre cette substitution insidieuse que décèle Taguieff répliquent par exemple : combattre la politique israélienne ne saurait être confondu avec une hostilité envers "les juifs" dans leur ensemble. On peut être "antisioniste" sans être "antisémite". On ne saurait assimiler "critiques envers Israël" et "hostilité antijuive"... Pourtant, dans ces torrents d'accusations, en principe purement politiques, qui fleurissent envers l'Etat juif, dans ces imprécations qui le décrètent insensible, inhumain, haineux, injuste, raciste, brutal, perfide, comploteur, dangereux... on retrouve bien des préjugés séculaires et des haines anciennes, dont les juifs, au cours de l'histoire, ont fait l'objet, note Roger-Pol Droit.
Pour s'en convaincre, il faut s'immerger dans cette enquête passionnante. Sur près de 700 grandes pages imprimées serrées - dont 200 de notes -, Taguieff brasse une documentation colossale et la met en perspective pour éclairer les lignes de force de ces récentes métamorphoses de la haine.
Car, selon lui, on doit éviter de parler de "l'antisémitisme" comme d'un bloc figé, identique de siècle en siècle. Certes, les juifs furent toujours au centre de mythes, fantasmes et rumeurs. On peut en suivre les thématiques principales, en discerner les points communs. Toutefois, cette haine continuée prend, selon les époques, des formes historiques distinctes. Et la nouvelle judéophobie fusionne la haine des juifs et celle de l'Occident, poursuit Roger-Pol Droit.
 
CONTINUITÉ DES DISCOURS
Taguieff a déjà formulé cette thèse dans des travaux antérieurs. Mais ce livre l'illustre avec plus de force, de références, et de profondeur qu'aucun autre. Il révèle en effet les variations et les continuités des discours depuis Voltaire jusqu'à diverses figures actuelles comme Garaudy ou Dieudonné. Ainsi, après des siècles d'antijudaïsme chrétien, où les juifs sont jugés "déicides" et organisateurs de crimes rituels, le "moment voltairien" marque la naissance d'une nouvelle forme de condamnation des juifs, au nom cette fois de l'antichristianisme : ce seraient eux, les inventeurs du "dieu barbare" de la Bible !
Bientôt suivent les invectives sociales. De Fourier à Marx et au-delà, "le" juif (essentialisé et diabolisé, selon le dispositif propre à tout racisme) est haï pour son lien supposé à l'argent, à l'usure, aux banques (prétendument apatrides et toutes-puissantes). "En France, rappelle Taguieff, l'extrême-gauche révolutionnaire a explicitement été antijuive tout au long du XIXe siècle", sans être pour autant raciste comme le seront les nazis.
Car l'antisémitisme nazi est issu, lui, du "moment racialiste" où, de 1840 à 1890, la haine des juifs se métamorphose en empruntant aux sciences nouvelles (anthropologie, mythologie, philologie). Cette fois, les juifs sont considérés comme des spécimens d'une race supposée inférieure - "asiatique" ou "négroïde". Cette race imaginée malsaine, impure et dangereuse, menace de corrompre à jamais la santé de la "race aryenne". C'est à cette seule forme racialiste de la judéophobie qu'il convient de réserver, selon Pierre-André Taguieff, la dénomination "antisémitisme". On peut donc, sans être "antisémite" en ce sens, c'est-à-dire sans partager l'idéologie de la race, être judéophobe, ce qui n'est pas moins grave.
Le dernier moment des métamorphoses contemporaines s'élabore autour des Protocoles des sages de Sion, ce célèbre faux confectionné par la police tsariste. On attribue cette fois aux juifs la mise en œuvre d'une conspiration mondiale, d'un complot permanent pour la domination universelle. Les juifs sont censés être partout, tout contrôler et manipuler, de la finance aux médias, de la politique à l'industrie.
Au terme du parcours, on voit combien les discours antisionistes radicaux, depuis certaines franges de l'extrême-gauche jusqu'aux islamistes jihadistes, reprennent et réactivent, tantôt à leur insu, tantôt volontairement, une série de thèmes antijuifs forgés de longue date. La diabolisation (Satan, le goût du sang), la conspiration et le complot, le cosmopolitisme financier hantent en effet leurs représentations. A quoi s'ajoute, comme on sait, l'ignominie récente décrétant "nazis" et "racistes" les Israéliens, voire tous les juifs. A ce prix, on aura bonne conscience, avec la haine en prime.
 
« La Judéophobie des modernes. Des Lumières au Jihad mondial », de Pierre-André Taguieff
Ed. Odile Jacob, 686 p., 35 €.



Un nouveau livre sur l'espionnage soviétique en Israël

C’est une histoire étonnante et originale que nous raconte Freddy Eytan dans son dernier livre, celle d’un agent secret du Shin Beit, Victor Grayewsky. Diplomate, l’auteur a eu l’occasion, au cours de sa carrière internationale, de côtoyer la plupart des dirigeants israéliens et de rencontrer les personnages les plus extraordinaire.
Grayewsky est de ceux-là. Pourtant, dit Eytan, l’agent israélien, en général, ne paie pas de mine : « L’espion » israélien est un être banal, il ne ressemble pas du tout au personnage héroïque de Ian Fleming, le fameux James Bond. Celui-ci est un simple fonctionnaire qui exerce ses activités dans des zones de danger par un esprit de patriotisme, et parce que cela est nécessaire à la sécurité du pays ».

Tout commence pour Victor Grayewski à Cracovie, l’ancienne capitale de la Pologne. C’est là que naît, le 29 juillet 1925, Victor Spielman. Elève peu motivé, il est néanmoins admis au lycée. Nous sommes en 1939. La Guerre menace. Sur les conseils d’un ami, la famille rejoint Lvov puis Rovno à la frontière soviétique. Arrêtés par les Russes qui les soupçonnent de collaboration avec les Allemands, les Spielman sont déportés à Nuzhyary, en Sibérie. Pour gagner sa subsistance, Abraham, le père de Victor et son épouse, chargent et déchargent des troncs d’arbre. Le jeune homme les aide de son mieux. De là, ils se retrouvent à Alma Ata, au Kazakhstan, près de la Chine. Ces années d’errance et de misère marquées par la faim et la maladie vont forger le caractère du jeune Victor. Il faut attendre juillet 1945 pour retourner enfin au pays natal. « Le spectacle qu’il découvre est, hélas, l’abomination et la désolation. Il ne reste, après la Shoah, que cendre et poussière. Ici, le navire de l’humanité a sombré ». Toute la famille Spielman, trente-deux personnes, restée sur place a été exterminée. La terreur nationaliste polonaise prend le relais et ce sont de nouveaux massacres dont celui de Kielce, le 4 juillet 1946. C’en est trop. La majorité des rescapés juifs de Pologne choisissent d’émigrer en Israël. La propre sœur de Victor s’installe à Tel Aviv. Lui reste à Varsovie et, pour poursuivre ses études à l’université et trouver un emploi, il n’a pas d’autre choix que de prendre sa carte du parti communiste et… changer de patronyme. Victor Grayewsky est né. Il a vingt-et-un ans et décroche un poste de journaliste à la PAP, l’agence de presse nationale. Au passage, il épouse Janina, une Juive polonaise, dont il va avoir une fille Anna et qu’il quittera en 1955. Désormais seul et bien que peu tenté par l’aventure sioniste, il a envie de revoir sa sœur et ses parents qui vivent en Israël. Contre toute attente, il est autorisé à le faire par sa hiérarchie. En Israël, c’est la surprise : un pays jeune, dynamique où tout le monde parle hébreu. « Victor réalise qu’Israël est très agréable à vivre et que les possibilités de réussite semblent variées. Quel contraste avec les pays communistes… ».
Il faut néanmoins rentrer en Pologne, mais sa décision est prise. Il en fait part à sa famille avant son départ : « Ce voyage m’a fait beaucoup de bien. Je me trouve dans l’obligation de retourner en Pologne, mais je vous promets de revenir l’année prochaine et cette fois-ci, définitivement. Ma place est ici, près de vous. Mon avenir est en Israël ». A Varsovie, il se remarie avec Vera, Juive polonaise, elle aussi. Un fils, Marek, puis un nouveau divorce.
Désormais membre de la direction du parti communiste polonais, Victor est chargé d’organiser un festival mondial de la jeunesse démocratique. Une traversée de la mer Noire sur le Krasnaïa Zvezda est prévue dans le programme. C’est là qu’il fait la connaissance de Lucja Baranovsky, épouse du vice Premier ministre polonais. La grande aventure commence. Amour et espionnage. Victor et Lucja rejoignent Moscou en train avant de retourner à Varsovie. Nous sommes en janvier 1956 et Nikita Krouchtchev , à la tribune du Kremlin, lors du XXème Congrès du parti, a prononcé son fameux réquisitoire sur le « culte de la personnalité ». Mais qu’a-t-il dit exactement ? Tous les services secrets sont sur le qui-vive. La CIA est prête à verser un million de dollars à celui qui lui remettra ce discours. Le culot et un brin de chance, l’imprudence aussi de Lucja, vont mettre le précieux document sous le nez de Victor Grayewsky. Il détient désormais un document original, authentique, explosif et exclusif ! Excité et angoissé, il se demande : que faire de cette véritable bombe à retardement ? Très vite, sa décision est prise : c’est au gouvernement d’Israël qu’il destine son trophée. Par le canal de la mission diplomatique, les 58 pages photocopiées parviendront en haut lieu, chez David Ben Gourion et, par le biais de la valise diplomatique, à l’ambassade d’Israël à Washington. James Angleton, chef du contre-espionnage de la CIA en est le récipiendaire suivant qui le communique à Allen Dulles. Le fameux discours sera examiné par le président Eisenhower avant d’être rendu public.
C’est le début d’une longue carrière pour Victor Grayewsky qui, recruté par le Shin Beit, acceptera de jouer la taupe du KGB au sein du ministère israélien des Affaires étrangères. Les arcanes de l’espionnage soviétique qui a placé une foule d’agents en Israël, notamment sous couvert d’activités religieuses, nous sont ainsi dévoilées par le menu.
Un livre original et haletant.
 
Jean-Pierre Allali
 

Victor Grayewsky, agent secret du Shin Beit à Jérusalem de Freddy Eytan - Editions Alphée - Mars 2008

Voir aussi: http://www.capefrance.org/fr/conferences/2008/3/

Débat sur l'espionnage avec Freddy Eytan sur France 3 en mai 2008






Géopolitique de Jérusalem (Poche)

de Frédéric Encel (Auteur), Yves Lacoste (Préface)


Jérusalem cristallise haines et passions. Sanctifiée par deux milliards et demi de chrétiens, de musulmans et de juifs, disputée et instrumentalisée par deux nations antagonistes, l'antique cité fait, pour la première fois, l'objet d'une analyse authentiquement géopolitique: stratégies territoriales israéliennes, armes diplomatiques palestiniennes, représentations mystiques, faiblesses au sein de chaque camp adverse ; le projet géopolitique permet de présenter de la façon la plus objective possible les aspirations et les thèses des différents protagonistes. Frédéric Encel propose enfin un plan de compromis territorial précis qui s'inscrit dans la réalité des rapports de force sur le terrain.





Les Arabes d’Israël. Entre intégration et rupture

Par Jacques Bendelac
Editions Autrement. Janvier 2008. 200 pages. 19 euros


Les ouvrages de Jacques Bendelac se suivent et se ressemblent : des chiffres, encore des chiffres, toujours des chiffres. Des tableaux et des statistiques, des pourcentages et des comparaisons. C’est ce qui fait d’ailleurs leur grand intérêt. Car les chiffres, plus que tout autre argument parlent. Ce qui n’empêche pas l’analyse et le commentaire. Docteur en économie, chercheur en sciences sociales à Jérusalem, l’auteur, avec sa nouvelle enquête, nous donne l’occasion d’approfondir un sujet délicat et difficile, celui des Arabes d’Israël. On l’a vu encore récemment avec les prises de position franchement anti-israéliennes d’Azmi Bishara, d’Abdulwahab Darawshé, du cheikh Raed Salah ou d’Ahmad Tibi. C’est que « soixante ans après la création de l’Etat d’Israël, les Arabes d’Israël forment une société à part. Les populations arabes sont diverses, et leur identité confuse ». Le grand paradoxe vient du fait que malgré son développement rapide et sa situation bien plus confortable que celle des habitants des pays arabes voisins, la communauté des Arabes israéliens vit en porte-à-faux, partagée, comme le dit si bien Jacques Bendelac dans le titre de son étude magistrale, entre la tentation de se fondre dans la société à majorité juive et celle de couper tous les ponts avec la « mère patrie ».
C’est un fait, « La société israélienne est multiethnique. Sa population se compose de citoyens israéliens et de ressortissants étrangers, de Juifs et d’Arabes, de Musulmans, de Chrétiens et de Druzes ». Et si la rubrique « ethnie » ne figure plus sur les cartes d’identité depuis 2002, elle existe toujours dans le registre de l’état civil. Et, d’ailleurs, contrairement à d’autres pays, comme la France, où son utilisation fait débat, la statistique ethnique a cours en Israël. L’approche chiffrée est donc plus aisée et plus fiable. En 2007, Israël comptait 7,1 millions d’habitants dont 5,4 millions de Juifs et 1,4 million d’Arabes dont 1,2 millions de Musulmans soit 84%, 120 000 Chrétiens et 120 000 Druzes. La part des Musulmans parmi les Arabes est passée de 70% en 1961 à 80% en 2000 tandis que celle des Chrétiens a diminué de 20% à 12%. Les Druzes sont stables, à 10%.
Pour ce qui est de la natalité, thème récurrent des angoisses des démographes et des politiciens israéliens car « la démographie arabe représente un enjeu politique crucial pour la pérennité de l’Etat juif », nous apprenons qu’en 1960, le taux de natalité des musulmans d’Israël était de 51,7 naissances pour 1000 habitants, l’un des plus élevés du monde. Les Juifs, eux, n’en étaient qu’à 22,5.
Quarante ans plus tard, si les Juifs passent à 19, les Musulmans, eux, chutent à 31, les Druzes étant à 22 et les Chrétiens arabes à 17. On assiste à une sorte de tassement de la fécondité dont le taux, en 1990, est de 4,2 enfant par femme arabe (il était de plus de 9 en 1960) et de 2,7 pour les femmes juives. Le Néguev, où un Bédouin sur cinq serait marié à plus d’une femme, le chiffre record de 9,1 enfant en moyenne par femme est atteint. Il faut ajouter à cela que le nombre de naissances illégitimes est très élevé chez les Arabes tandis que celui des avortements légaux est particulièrement bas.
Enfin, la population arabe d’Israël, concentrée pour l’essentiel en Galilée, dans la région dite du Triangle et dans le Néguev, est particulièrement jeune : 19 ans en moyenne pour les Musulmans, 28, pour les Chrétiens et 23 pour les Druzes. A comparer avec les 30 ans de moyenne pour les Juifs !
Le Bureau Central Israélien des Statistiques considère qu’en 2025 les Arabes constitueront 25% de la population totale du pays.
Longtemps, les Arabes d’Israël ont espéré, à l’instar des Arabes en général, une disparition d’Israël à l’issue des guerres que l’Etat juif a dû affronter. Ils en sont revenus et sont désormais partagés entre les options qui s’offrent à eux, préférant néanmoins « une « israélisation » négociée à une « palestinisation » aléatoire ». D’autant plus que la récente nomination d’un ministre musulman est de nature à faciliter l’identification des Arabes d’Israël aux institutions du pays. Il n’en demeure pas moins qu’Israël , reconnu par la plupart des observateurs comme une démocratie libérale de type occidental, se définit comme l’Etat du peuple juif et non comme celui de ses citoyens, affirme Bendelac qui, citant le sociologue Sammy Smooha parle de « démocratie ethnique ». Tous les citoyens y sont égaux aux yeux de la loi, mais avec un statut préférentiel pour le groupe majoritaire. De fait, les Arabes bénéficient de tous les droits sociaux, de tous les droits politiques, d’un système éducatif en langue arabe, de tribunaux islamiques. Mais, bien entendu, ils ne bénéficient pas de la Loi du Retour et des avantages liés au fait d’avoir effectué son service militaire. Tout comme ils ne se sentent pas particulièrement concernés par la Shoah.
Malgré ces aspects positifs, la suspicion réciproque est flagrante. « Autrement dit, les deux communautés se trouvent dans un processus historique de séparation, d’éloignement l’une de l’autre et de conflit permanent ». Les guerres et le terrorisme ont un impact évident et « les Arabes israéliens sont encore perçus par la population juive comme une menace pour la sécurité de l’Etat, voire comme des ennemis ». Bref, 62% des Israéliens estiment que l’Etat devait encourager les citoyens arabes à émigrer. Cela dit, si les Arabes remettent en cause le principe de l’Etat juif, jamais, au grand jamais, ils ne renonceraient à aucun prix au passeport que cet Etat leur procure ».
Par delà ces chiffres, spécialité, on l’a dit, de cet auteur, Jacques Bendelac se livre à une analyse fine de la communauté arabe d’Israël. D’un point de vue politique, social et culturel. Et là encore, l’hésitation entre l’appartenance à deux mondes totalement disjoints est flagrante. Tandis que d’un côté, les crimes d’honneur sont encore monnaie courante dans la société arabe d’Israël où une quarantaine de femmes ayant porté atteinte à l’honneur familial sont assassinées chaque année, des réussites individuelles dans différents domaines contrebalancent le poids de la tradition. En 1999, c’est une Arabe de Haïfa, Rena Raslane qui a été élue Miss Israël et, en sport, ce sont deux sœurs musulmanes qui ont remporté le championnat d’Israël de boxe en 2006. 2 équipes de football sur 12 en première division sont arabes et des joueurs comme Rifat Turk, Zahi Armali, Valid Badir ou Abbas Souan sont des vedettes nationales. Niral Krantangi, une autre Arabe musulmane, a gagné en 2006 le prestigieux concours télévisé de la « future  mannequin d’Israël ». La poésie et la littérature arabe se développent harmonieusement. Un Arabe, Emile Habibi, a reçu le prix Israël de littérature en 1992. Parmi les acteurs de cinéma et de théâtre, Mohammed Bakri et Salim Daw n’ont rien à envier à leurs collègues juifs. La Arabes sont aussi très présents dans les domaines de la sculpture, de la peinture, des médias et de l’internet. En médecine, les Arabes sont proportionnellement plus représentés que les Juifs. Signe des temps, en 2002, un groupe de femmes arabes israéliennes a créé une ONG pour la défense des femmes lesbiennes et organisé, en 2007, le premier rassemblement de femmes arabes lesbiennes. Dans un tout autre domaine, un village arabe, Drijat est devenu, en 2005, le premier village du monde à recevoir toute son énergie du soleil.
Bref, résume Jacques Bendelac, « Les Arabes d’Israël ont connu un développement humain sans précédent depuis la création de l’Etat juif ». C’est en Israël que l’espérance de vie des Arabes est la plus élevée au monde : 76,5 ans ! « Tous les indicateurs humains, économiques, sociaux et culturels, indiquent que les Arabes d’Israël ont une confortable longueur d’avance sur les Arabes des pays voisins ». Alors, que demander de plus ? Pourquoi véhiculer dans le monde entier l’idée d’une discrimination effroyable ? Certes, des différences subsistent, pour des raisons bien mises en évidence par l’auteur. Mais le sentiment qui prévaut est que les Arabes d’Israël, in fine, ont bien de la chance de vivre libres dans un pays démocratique. Très intéressant.
 
Jean-Pierre Allali
 




Histoire des Américains Juifs
Par Francoise Ouzan

Question : Françoise Ouzan, vous êtes docteur en histoire de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne et maître de conférences habilitée à diriger des recherches. Vous êtes actuellement chercheuse au Goldstein-Goren Diaspora Research Center de l’Université de Tel-Aviv et chercheuse associée au Centre de recherche français de Jérusalem. Vous publiez un nouvel ouvrage : Histoire des Américains Juifs (André Versaille éditeur). De quoi s’agit-il ?
Françoise Ouzan : J’ai voulu démêler l’entrelacs noué entre la réalité de la présence juive aux Etats-Unis, à la fois sur le plan démographique, culturel et politique, et ses représentations, parfois malveillantes et souvent mythiques. En effet, chaque fois qu’une crise affecte le Proche-Orient où qu’une élection présidentielle américaine fait la hune des journaux, la relation particulière qui existe entre les Etats-Unis et Israël devient l’objet de spéculations diverses, notamment sur l’influence du vote juif et d’un prétendu « lobby juif » tirant les ficelles de l’Amérique et dictant la politique étrangère de la première grande puissance mondiale. Ces deux motifs m’ont incitée à découvrir et faire découvrir une véritable aventure sur le sol américain puisque la présence juive (1654) est antérieure à la constitution des Etats-Unis.
 
La démarche historique adoptée m’a permis de conduire une analyse des points communs entre la culture juive et la culture américaine et d’élaborer deux conclusions principales. La première réside dans le constat de la façon remarquable dont la « minorité » juive a réussi à s’intégrer dans la société américaine et à y préserver son identité. Si l’intégration a été  réussie au point que certains dirigeants de la communauté juive pensent qu’elle menace aujourd’hui l’identité, celle-ci semble avoir été généralement préservée par le biais de deux facteurs : d’un côté, l’antisémitisme et de l’autre, la prise de conscience de l’universalité de l’expérience juive dans les années 1960. Cette prise de conscience a été engendrée par la cassure des liens avec la communauté noire qu’elle avait longtemps soutenue et intensifiée par la pénétration de la mémoire de la Shoah dans la sphère publique à la suite du procès Eichmann en 1961. Et c’est avec la guerre des Six Jours en 1967 qu’il s’est produit un transfert sur Israël du sentiment de vulnérabilité que cette mémoire de la Shoah a ravivé. Cette constatation touche à la deuxième conclusion de  mon analyse : la relation privilégiée entre expérience américaine, culture juive et projet israélien. On remarque,  d’une part,  que si les Juifs ont trouvé en Amérique un véritable foyer, en sens inverse, la mémoire de la Shoah a été « américanisée » pour enseigner, en particulier à travers le musée qui est lui est consacré à Washington les valeurs d’universalisme et de liberté chères à la démocratie américaine. D’autre part,  il est important de relever que l’expérience américaine et l’expérience israélienne comportent une communauté d’intérêts : deux nations de pionniers qui, depuis le 11 septembre sont toutes deux confrontées au terrorisme islamique.  Communauté de destin et communauté d’ennemis unissent aujourd’hui les deux démocraties.
 
Il est à noter cependant que l’attitude des diverses communautés juives américaines envers Israël peut relever du paradoxe : d’un côté, l’identification à la nation américaine a dissuadé les Juifs, hormis une partie des « orthodoxes » de faire leur aliya (« montée vers Israël ») et de l’autre, l’attachement à l’Etat hébreu (bien qu’il soit en baisse), pays perçu comme un refuge pour les Juifs victimes de discrimination, auxquels les Juifs aux Etats-Unis refusent de se compter, les a incités à  accorder un  indispensable soutien politique et financier à Israël.
 
Question : Vous citez dans votre ouvrage l’écrivain  Philip Roth qui traduit ses craintes relatives à la résurgence de l’antisémitisme dans un best-seller publié en 2004.   Brièvement, comment abordez-vous ce thème ?
Françoise Ouzan : Philip Roth exprime l’idée d’une symbiose menacée entre les Juifs et les Etats-Unis, au sens où dans son livre  A Plot Against America aurait pu se révéler un complot contre les Juifs… Roth imagine qu’en novembre 1940, Franklin Roosevelt n’est pas réélu et que  Charles Lindbergh entre à la Maison Blanche. Or, le célèbre aviateur et farouche isolationniste a eu des contacts avec les nazis. En 1941, à la veille de Pearl Harbour, il dénonçait un prétendu « lobby juif » qui poussait les Etats-Unis à entrer en guerre…
 
La perspective historique que j’adopte permet de repérer très tôt les sentiments ambivalents des Américains à l’égard des Juifs et qui seront plus ou moins présents selon les époques et les crises du moment. C’est cette ambivalence qui sous-tend les poussées d’antisémitisme, qu’il soit latent, ou plus rarement actif, comme au cours du lynchage en 1913 d’un jeune patron juif accusé injustement à Atlanta (Georgie) d’avoir violé une jeune fille et d’avoir ainsi « souillé la race chrétienne ».  En remontant plus loin dans le temps, c’est l’accusation de « tueur du Christ » qui accompagne la venue des premiers colons juifs réfugiés du Brésil dans la colonie hollandaise de New Amsterdam en 1654 (actuelle New York), vertement accueillis par le gouverneur Peter Stuyvesant. C’est encore cette accusation qui ressort du film récent de Mel Gibson « La passion du Christ », où ce stéréotype s’impose encore. Le juif est à la fois « même et autre » pour reprendre des termes philosophiques. S’il y a fascination pour le Juif qui a plus rapidement que les autres minorités gravi les échelons de l’échelle sociale, il coexiste aussi des sentiments de  crainte, de méfiance et de suspicion. On voit alors surgir et resurgir l’accusation brûlante et inextinguible du « complot juif », recyclé différemment selon les lieux, la conjoncture et les médias.
 
Ce qui frappe, c’est qu’aujourd’hui les Juifs aux Etats-Unis ne représentent que 2% de la population américaine, c’est-à-dire un peu plus de 5 millions de personnes. Du point de vue sociologique, il faut se représenter un groupe aux frontières poreuses étant donné que le taux d'exogamie dépasse les 50 pour cent et que, dans l’ensemble, au lieu de persécuter les Juifs,  on les épouse, pour reprendre les termes du célèbre avocat américain et juif, Alan Dershowitz. En fait, les dirigeants communautaires s’inquiètent surtout de l’avenir de la communauté juive qui est très hétéroclite et assimilée et dont la plupart des membres ne sont pas affiliés. C’est pourquoi ils sont, dans l’ensemble,  plus américains que juifs. A l’exception des 10 pour cent d’orthodoxes, les Juifs aux Etats-Unis se reproduisent peu et les sociologues et politologues s’accordent à penser qu’en dessous du seuil actuel de 2 pour cent, la communauté juive n’aurait plus l’influence politique et culturelle qu’elle a aujourd’hui. On peut en effet considérer qu’elle est encore dans un âge d’or. La preuve ? Les 250 ans de la présence juive aux Etats-Unis ont été célébrés en grande fanfare en 2004 par les diverses communautés juives des Etats-Unis. Telle une aventure riche en périples, les trois principales vagues d'immigration ont été rappelées dans diverses expositions sur le plan national: l'immigration sépharade, puis l'immigration allemande et celle des Juifs d'Europe de l'Est. 
 
Au fil de la fresque brossée dans ce livre, je repère une adéquation, instable, car elle dépend de la conjoncture, entre l’identité juive américaine (laïque et religieuse) et l’identité nationale. Celle-ci est particulièrement pertinente après le 11 septembre. Après ces actes terroristes d’envergure sur le sol américain, l’Etat hébreu est apparu dans les sondages comme l’allié « naturel ». Des points communs que j’énumère et illustre ici, il ressort une évidente proximité qui permet d'expliquer en partie le sentiment actuel d'une convergence entre les sympathies pour l'Etat d'Israël et l'intérêt national, à la fois dans l'opinion américaine, au sein du Congrès et de la présidence.
 
Question : Comment les immigrants Juifs ont-il façonné cette Amérique qui n’a d’abord pas voulu d’eux ?
Françoise Ouzan : Malgré les obstacles, essentiellement les sentiments antijuifs, particulièrement perceptibles dans les années 1920 et jusqu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, ce groupe s’est caractérisé par une intégration réussie et par une participation active à la vie politique du pays. Si les premiers colons deviennent rapidement d’importants marchands, dès la fin de la Guerre d’Indépendance américaine, les Juifs accèdent à des fonctions importantes dans la vie professionnelle et publique. Les fils de marchands portugais exilés deviennent docteurs comme Daniel Peixotto Hays et Abraham Jacobi. Le chef spirituel d’une des communautés religieuses est promu régent de l’Université  Columbia  de New York de 1784 à 1814 et premier administrateur juif de cette  prestigieuse université dont le sceau comporte le nom hébreu du Créateur. Des mots hébraïques se trouvent aussi sur l’emblème de l’Université de Yale et se détachent sur un livre ouvert. Il faut rappeler que l’étude de la Bible et de l’hébreu  étaient obligatoires dans presque toutes les universités, avec comme autre option le latin ou le grec. Mais cette empreinte du judaïsme n’a pas empêché l’apparition de quotas, d’un « numerus clausus » dans les universités au cours des années 1920, limitant le nombre d’étudiants juifs afin « d’éviter l’antisémitisme ». Il y a donc toujours une sorte de mouvement de balancier dans la société américaine : une oscillation entre l’attirance pour le peuple juif mais aussi la crainte qu’engendrent chez certains son « élection divine » et sa « surreprésentation » au sein des bons étudiants comme, plus tard, au sein des professions libérales.
Les Juifs allemands sont arrivés massivement au XIX ème siècle en apportant avec eux la réforme du judaïsme qu’ils ont « américanisé », en modernisant certains aspects du culte, ressemblant davantage au protestantisme.  Ils  ont su passer du colportage au commerce du textile et à la confection. A la fin de la Guerre de Sécession et grâce à l’invention de la machine à coudre par un Juif, Elias Howe qui sera perfectionnée par Issac Singer, les Juifs allemands qui ne rechignent pas à travailler de longues heures, s’imposent dans la distribution. Pionniers de la distribution de masse à bas prix, ils contribuent à réduire les différences vestimentaires qui séparent les riches des pauvres. Les exemples de réussite fourmillent même si la pauvreté existe aussi chez les Juifs. Mais il faut dire que ce groupe a participé à l’ascension économique de l’entre-deux-guerres plus massivement que les autres immigrants car le « Peuple du Livre » a toujours valorisé l’étude.  
 
Pour réussir, puis exceller et donc avoir accès à la respectabilité, les Juifs se sont employés à détourner les discriminations plus ou moins larvées dont ils ont été victimes, en particulier dans le domaine de l’emploi. Ils ont aussi saisi l’opportunité de se lancer dans des domaines neufs où des fiefs n’étaient pas encore constitués, comme le cinéma où ils ont pu sans entraves exercer leur créativité. D’où la formule que chacun connaît selon laquelle les Juifs ont « inventé Hollywood ». C’est l’exemple célèbre des frères Warner qui ont fondé un empire en gageant la montre de leur père pour une poignée de dollars.
 
Dans la médecine et dans l’édition par exemple, il a fallu détourner les discriminations. Au sein du peuple juif dont la tradition religieuse sanctifie la vie, les médecins sont très respectés. Jusqu’aux années 1950, une minorité de Juifs ont accès aux écoles de médecine et obtiennent leurs diplômes. Mais de nombreux postes hospitaliers leur sont interdits. En conséquence, au début des années 1960, période à laquelle les restrictions s’appliquant aux Juifs dans les écoles de médecine commencent à être supprimées, on compte 70 hôpitaux juifs dans 26 villes. Mount Sinai à New York, est le plus célèbre d’entre eux. Ces établissements accueillent aussi des non Juifs et dans les années 1970, leur nombre est supérieur à celui des patients juifs. Dans ce domaine encore, on peut parler d’un impact juif sur la société américaine, même si ironiquement, celui-ci est né d’un rejet, d’une discrimination. L’édition américaine, est demeurée elle aussi un fief fermé dans la première partie du XX ème siècle. Là encore ils ont innové, créant en 1920 le premier « club du livre » incitant ses membres à acheter un livre par mois, ils ont recherché des titres populaires ou accepté des manuscrits rejetés ou encore créé un domaine de publications universitaires, inaugurant le genre aux Etats-Unis. Puis, en bref, les intellectuels new-yorkais, les écrivains et artistes juifs ont exprimé une forme de judéité (quand ils l’on fait) qui a permis au public américain d’adhérer à la vision universelle proposée, qu’il s’agisse du thème de la nostalgie de l’immigrant ou celui du fossé entre les générations, par le biais, parfois, d’un humour caustique. Les exemples utilisés m’ont également permis d’engager une réflexion non seulement sur l’identité juive, extrêmement diverse, souvent insaisissable et néanmoins  présente, mais aussi sur la relation entre ethnicité et modernité. 
 
Question : A partir de quelles dynamiques les valeurs américaines que nous aimons ou détestons ont-elles été définies par la culture qu’ils ont engendrée ?
Françoise Ouzan : L’accès à la culture, les cours du soir pour les premières vagues d’immigrants et notamment les ouvriers, puis l’Université pour leurs enfants, a été la voie royale de l’ascension sociale. Au fil des siècles, ce groupe s'est caractérisé par une réussite remarquable, par une "stratégie de l'excellence", en harmonie avec les valeurs américaines liées à la méritocratie. C’est pourquoi, de nos jours,  les politiques « d’affirmative action », appelées aussi «discrimination à rebours », favorisant les groupes appartenant à une minorité ayant été défavorisée semblent injustes à tout groupe qui en est exclu car elles rompent avec l’éthique américaine du travail, de l’excellence, de la méritocratie.
 
Dans les universités, cette politique peut rappeler par certains côtés, les quotas des années 1920, qui de façon déguisée, limitait drastiquement l’entrée des Juifs dans les universités prestigieuses, au point que les étudiants en médecine qui le pouvaient devaient se rendre à l’étranger pour « faire médecine ».
 
Question : Dans la culture, le droit, la politique, la finance, les Juifs aux Etats-Unis sont-ils vraiment passés de la marge à l’influence ?
Françoise Ouzan : Il faut être très prudent lorsqu’on parle d’influence car il se trouve que pour les Juifs tout se passe comme si une autre échelle de valeur s’appliquait à eux. Par exemple, on les accuse « d’accaparer » la finance ou les médias. S’il est vrai qu’ils ont tiré parti du climat de tolérance et de la prospérité, les postes de directeurs ou de cadres qu’ils ont obtenus dans la haute finance par exemple, ne veulent pas dire qu’ils « contrôlent » Wall Street, ce qui n’est pas le cas, mais illustrent leur excellente intégration et réussite sociale dans la société américaine qui souvent conduit à une assimilation dans la société globale. Comme je le montre dans cet ouvrage, leur influence existe bien, j’en étudie l’ampleur mais aussi les limites et, dans ce contexte, la faiblesse de leur représentation démographique n’est pas la moindre.
 
Question : On imagine souvent un pouvoir Juif puissant tirant les ficelles de l’Amérique… Son pouvoir est-il bien réel ?
Françoise Ouzan :      Ce qu’on nomme le « pouvoir juif »  ressemble à une accusation  qui rappelle les théories les plus nauséabondes sur le « complot juif » véhiculées initialement par le document forgé que sont les Protocoles des Sages de Sion rendues populaires par Henry Ford, le puissant constructeur  d’automobiles qui, dans le journal qu’il lance en 1920, le Dearborn Independent ( tiré à 700 000 exemplaires) se fait fort d’avertir du danger d’une conspiration juive internationale contre l’Amérique chrétienne. Le thème d’une « domination juive mondiale » a d’ailleurs été repris en 1937 dans les sermons radiophoniques du père Charles Coughlin.
 
Ce qu’on appelle improprement « le lobby juif » est une nébuleuse d’organisations souvent appelée  « la soupe d’alphabets », tant leurs appellations se ressemblent. En effet, ces organismes sont nombreux et se recoupent. Ils sont parfois animés par des querelles internes qui nuisent à leur efficacité. Certains se mobilisent pour une cause qui n’est pas nécessairement une cause juive  et disparaissent ensuite.  Il peut s’agir du droit à l’avortement ou de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il faut savoir que les institutions juives ne sont pas rassemblées dans une même organisation comme le CRIF, un organisme communautaire qui par exemple, définisse des attitudes politiques. En revanche, le lobby pro israélien est une réalité. Il est réputé pour son efficacité même s’il a connu des échecs  dans le passé. Contrairement à une idée incorrecte et répandue, l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) n’est pas « le lobby juif », comme on l’entend souvent, mais le lobby pro israélien. De plus, tous les Juifs aux Etats-Unis ne suivent pas les recommandations de l’AIPAC car étant nombreux à être de tendance « libérale » et donc « plus à gauche » que l’AIPAC, ils sont plus ouverts à un dialogue avec les Palestiniens. Comme on le sait, les Juifs votent traditionnellement du côté démocrate, bien que récemment les plus orthodoxes aient adopté le camp républicain qui prône l’attachement aux valeurs morales.
 
Il faut souligner qu’aux Etats-Unis, les lobbies ont une existence légale ce qui implique que chaque groupe ethnique a son lobby, de même que les retraités ont le leurs où les partisans des armes à feu par exemple.  L’influence de l’AIPAC est limitée par d’autres lobbies ethniques comme le lobby arabe, calqué sur ses structures ou le lobby hispanique qui prend de l’ampleur. Chacun fait valoir ses intérêts et essaie d’avoir une influence sur la politique étrangère des Etats-Unis ou tout au moins d’œuvrer pour un rapprochement entre les Etats-Unis et leur patrie d’origine ou virtuelle. C’est le cas des Américains arabes, des hispaniques et d’une partie de la communauté juive qui est loin d’être homogène. En définitive, l’influence d’un lobby s’exerce lorsqu’il y a concordance entre l’intérêt particulier du groupe et l’intérêt national.
 
En 2006, le rapport Walt-Mearsheimer a renouvelé cette inquiétude en fournissant une « étude » marquée du sceau universitaire et accusant le lobby pro israélien, en particulier l'AIPAC, d'influencer la politique étrangère américaine. Ce rapport qui est en fait un acte d’accusation répondant à une sorte d’obsession du « complot juif » a été vivement critiqué, d’autant que l’Anti-Defamation League (ADL) a fait état de la présence de ces deux universitaires en août 2006  à une conférence de presse organisée par le Council on Islamic-American Relations (CAIR) au Club de la Presse Nationale à Washington et que d’aucuns les ont accusé de nourrir des sentiments antisémites qui n’étonneraient pas dans un contexte de montée de l’antisémitisme en liaison avec les manifestations antisionistes dans les campus universitaires au cours des récentes années. D’autre part, le CAIR a toujours refusé de considérer le Hamas et le Hezbollah comme des groupes terroristes. Les accusations contre « Le lobby » proférées par Walt et Mearsheimer ne sont  pas nouvelles mais à cause de l'appartenance universitaire de leurs auteurs, elles ont suscité une vive controverse. Leur dénonciation de l'influence du lobby pro israélien comme nuisant à l'encontre de "l'intérêt national" révèle un parti pris ou une incompréhension de l'élaboration des intérêts nationaux dans une démocratie pluraliste. En effet, les lobbies ethniques sont des acteurs à part entière de la politique étrangère américaine et après le 11 septembre le soutien américain à Israël correspond à des intérêts géostratégiques en même temps qu’il répond à la proximité entre l’identité juive aux Etats-Unis et l’identité américaine. D’autre part, un des piliers essentiels d’AIPAC est formé par les chrétiens évangélistes qui soutiennent Israël, l’aliya et la politique pro israélienne. Soulignons que le groupe de pression sioniste chrétien qui compte des milliers de membres est très influent. La politique américaine vis-à-vis d’Israël est un domaine où l’influence des évangéliques est  plus importante que celle d’AIPAC. Depuis longtemps, ce sont eux qui professent un soutien inconditionnel à l’Etat hébreu. Ils ont diverses stratégies allant de la coopération avec l’AIPAC à l’aide financière à l’implantation de nouvelles colonies. En effet, ils désirent qu’Israël ressemble à ce qu’il représentait géographiquement lorsque le Christ y vivait. C’est en ce sens qu’évangéliques et chrétiens « born again » (l’appartenance du président George W. Bush) confèrent un rôle décisif au peuple juif et à l’Etat d’Israël dans le projet divin pour la fin des temps.  L’AIPAC, qui compose avec ce soutien ambivalent et parfois embarrassant, demeure l’un des lobbies les plus puissants aux Etats-Unis, derrière celui des retraités.
 
Question :      Evaluée à seulement deux pour cent de la population américaine, la communauté juive est-elle menacée de disparition entre 2050 et 2075, comme l’affirment d’éminents sociologues américains ? 
 
Françoise Ouzan :     De nos jours, contrairement à d'autres diasporas, les Juifs aux Etats-Unis, dans leur ensemble, se perçoivent comme des  "Américains juifs" plutôt que des "Juifs américains'. L'appellation que j'ai choisie pour titre de mon ouvrage déroge à la dénomination traditionnelle et traduit l'assimilation croissante de ce groupe minoritaire au sein de la société globale.  Cependant, comme l’indique dans sa préface Sergio Della Pergola, le démographe du monde juif, il est peu probable que la communauté juive américaine cesse de jouer un rôle dans la vie politique ou qu’elle puisse disparaître. Même si les Américains juifs joueront un rôle moins important demain qu’aujourd’hui s’ils représentent moins de 2 pour cent de la population, le judaïsme américain porte en lui les forces du renouveau : les dirigeants communautaires tentent de renforcer les liens avec Israël par différents biais et de consolider l’enseignement de l’histoire juive et de la Shoah. Par ailleurs, le renforcement récent de l’orthodoxie  est une réalité qui fait dire aux plus optimistes que ce noyau autrefois perçu comme un anachronisme porte en lui la survie du groupe. La peur que chaque génération ne soit la dernière est une crainte inhérente au judaïsme américain… 
 
Propos recueillis par Marc Knobel





Les détours du rapprochement judéo-arabe et judéo-musulman à travers le monde

Ce numéro 14 des Études du Crif sur les détours du rapprochement judéo-arabe et judéo-musulman à travers le monde est un long panorama. Ce texte est trop engagé ? Oui. Il ne dit rien de l’extrémisme, de l’intégrisme, du terrorisme et de l’antisémitisme ? Certes. De plus, il évite de trop s’interroger sur l’efficacité réelle de ce qui est présenté ici. Malgré tout, ce nouveau numéro des Études du Crif a le mérite d’exister, malgré de nombreux passages subjectifs.
Les auteurs de ce texte veulent volontairement taire tout ce qui nous oppose, toutes les récriminations réciproques de l’une ou l’autre partie, pour mettre l’accent sur tout ce qui nous unit, pour permettre à nos enfants d’envisager un avenir plus serein, plus radieux et d’apprendre dès le plus jeune âge la tolérance et le respect de l’autre.
Ne doit-on pas tendre la main ? Ne faut-il pas tenter de réduire les tensions ? Ne convient-il pas de rejeter fermement les stéréotypes ? Ne doit-on pas lutter contre les préjugés ? Les Arabes et les Israéliens doivent ils passer leur temps à s’ignorer ? À se regarder en chiens de faïence ? Ou à s’entretuer ?
Parce que nous pensons que le flot d’incompréhension doit cesser...
Parce qu’il importe de mesurer ce que Juifs et musulmans peuvent faire ensemble...
Parce qu’un jour, les armes devront se taire...
Parce que le heurt des ignorances est insupportable...
Parce que nous refusons le choc des civilisations ou des religions...
Parce que le monothéisme se conjugue à trois voix...
Parce que nous sommes les enfants d’Abraham...
Nous devons nous parler.
Nous devons nous rencontrer. Nous devons réapprendre à nous connaître. Nous devons croire que l’Homme n’est pas voué à ignorer son prochain, mais à penser au devenir de l’Humanité.
Nous devons tout faire pour conforter ce choix : le choix du dialogue.
 
Albert Cohen, Président de la Commission du Crif des Relations avec les Musulmans
Marc Knobel, Directeur de la publication des Etudes du Crif
 
 
Vous pouvez lire l’intégralité de l’Etude du CRIF n°14 en cliquant sur le lien suivant : http://www.crif.org/pdf/etude_14.pdf
(Le document étant assez lourd, le téléchargement prendra quelques minutes)





“ Le sionisme face à ses détracteurs ”, ed. Raphaël, 2003, par Georges Bensoussan

Ramener le sionisme dans l'histoire, c'est récuser la mythologie de ses laudateurs et celle de ses détracteurs, comme casser l'image pieuse qui l'entoure, c'est ébranler du même coup son image diabolique.Parce que l'écriture de l'histoire est une pratique sociale et un processus de légitimation, c’est en même temps la mise en cause d'une histoire fantasmée. Processus de connaissance, l'histoire porte en elle le risque d'une reconnaissance, et c'est pourquoi les détracteurs du sionisme préfèrent le discours idéologique où la comparaison (“une histoire coloniale ”, la “ spoliation d'un peuple ”, un “ Etat étranger sur cette terre ”, etc.) tient lieu de raison, voire d'analyse, à l'étude historique.







Réfugiés juifs des pays arabes : L'exode oublié (Broché)

Moïse Rahmani

Le drame des réfugiés juifs des pays arabes a été occulté durant plus de cinquante ans. La création d'Israël, en 1948, a déclenché envers les communautés juives des pays arabes une vague de violence entraînant un début d'exode. Chaque conflit entre Israël et ses voisins aura les mêmes conséquences : meurtres, arrestations, saisies des biens, expulsions... Par dizaines de milliers ils quittent cette terre d'Islam devenue inhospitalière. Aujourd'hui, moins de quatre mille trois cents Juifs vivent, toujours menacés, dans les pays arabo-musulmans.






Conversation sur les sujets qui fâchent Gilles-William Goldnadel, Alexandre Adler, Clément Weill Raynal

En France, pourquoi certains sujets sont-ils à ce point dérangeants qu'on préfère n'en discuter que de manière convenue ?.
Deux personnalités, deux esprits libres, Alexandre Adler et Gilles-William Goldnadel ont décidé d'en débattre en toute franchise et sans hypocrisie. Peut-on aborder sans faux-semblants la question de l'immigration et de l'identité nationale ? La France est-elle raciste ? Peut-on et doit-on empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire ? Conflit Israël-Palestine, à qui la faute ? Parle-t-on trop de la Shoah ? Les journalistes français sont-ils honnêtes ?.
Adler et Goldnadel confrontent, dans un dialogue à la fois brillant et décapant, le point de vue de l'historien et de l'intellectuel engagé. Ils sont interrogés par Clément Weill-Raynal

 


Israël à l'honneur au Salon du Livre de Paris du 14 au 19 Mars 2008

Paris Expo - Porte de Versailles / Hall 1

C'est la reconnaissance d’une littérature dynamique, d’une immense richesse, à l’image d’une société multiculturelle. Une littérature qui puise dans le passé, s’affirme dans un présent mouvementé, sans à priori, n’esquivant aucune question, qui interroge et analyse sans concession.

L'invitation d'écrivains  israéliens a suscité une vive polémique en France et en Italie. Les œuvres écrites par le peuple du Livre sont hélas déshonorés et bafoués artificiellement par des amalgames politiques et  historiques et par une désinformation de la culture hébraïque. Pourtant les écrivains invités sont en majorité de gauche et soutiennent la Paix Maintenant. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles ils ont été invités officiellement par les autorités françaises. Tout le reste n'est que littérature…

Voici quatre articles éloquents publiés sur ce sujet dans le Monde: 

Marek Halter
Valentino Parlato
Tariq Ramadan
David Chemla

 

Les dix-huit qui ont fait Israël - Editions Alphée

Freddy Eytan, ancien ambassadeur d’Israël, journaliste et politologue, évoque les grandes figures qui ont permis à Israël d’exister malgré un environnement hostile. Il a publié "Les 18 qui ont fait Israël", aux éditions Alphée.

Certains sont mondialement connus : David Ben Gourion, Moshé Dayan, Golda Meir, Itzhak Rabin ou Shimon Pérès ; d’autres le sont moins du grand public : Isar Harel, chef du Mossad, Yeshayahou Leibowitz, le "philosophe contestataire", Eliezer Ben Yehuda, artisan de l’hébreu moderne, ou Shoshana Damari, "la voix de la nation". Mais tous ont contribué à édifier l’entité politique la plus controversée, la plus exposée, la plus médiatisée de la seconde moitié du XXe siècle : Israël.

Freddy Eytan se distingue par la richesse de son parcours : officier de presse de l’état-major de Tsahal, il se vit ensuite attribuer plusieurs postes diplomatiques dont celui de premier ambassadeur d’Israël en Mauritanie. Politologue et journaliste, il devint un observateur avisé de l’histoire de son pays dont il a pu côtoyer certains des personnages les plus marquants. Aujourd’hui, il est directeur des affaires européennes de l’Institut des affaires publiques, à Jérusalem.


Moïse, Prophète des nostalgies

Betty Rojtman

Editeur : Editions Gallimard (26 octobre 2007)

Le personnage de Moïse garde pour le lecteur moderne de la Bible un caractère fascinant. Appliqué à des tâches concrètes - politiques, juridiques, militaires - il n’en reste pas moins, dans l’imaginaire universel, une figure d’exceptionnelle spiritualité. C’est à cerner ces tensions entre les devoirs de ce monde et l’appel des hauteurs que s’attache le dernier livre de Betty Rojtman « Moïse, prophète des nostalgies », qui vient de paraître aux éditions Gallimard.
Ce petit texte de 200 pages, écrit dans une langue très pure, méditative et poétique, se présente comme une sorte de biographie intérieure ou rêvée de celui qui fut d’abord prince à la cour de pharaon, puis proscrit dans le désert de Midian, avant de devenir guide et prophète, pour mourir enfin aux abords de Canaan. Ce périple solitaire à travers des paysages arides mais somptueux où se dessinent les frontières de l’humain, est pour l’auteur l’occasion d’une réflexion plus profonde sur les limites et les accomplissements de toute vie.

L’objectif de Betty Rojtman n’est pas de retracer la vie de Moïse, de la romancer encore moins, ni d’en proposer une relecture exégétique. Ce qu’elle nous offre ici s’apparente davantage à une récréation lyrique de ce personnage biblique, qui réactualise sa présence non seulement au milieu du peuple hébreu d’aujourd’hui toujours en demande d’une terre, mais aussi en appelant chaque lecteur à réécouter en lui la voix de ce « prophète sans image ». Ces sortes de variations poétiques autour de Moïse ont cet autre avantage d’être portées par une langue fluide et de très haute tenue.

L’auteur :

Née à Paris, installée en Israël depuis les années 70, Betty Rojtman est professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem, titulaire de la chaire Katherine Cornell de littérature comparée. D’abord Directrice des études françaises, elle a fondé et dirigé durant de longues années le Centre Desmarais de recherche pour la culture française, à caractère interdisciplinaire. A Paris, elle collabore avec le Collège International de Philosophie, où elle a présenté de nombreux séminaires.

Son propre travail se situe à la croisée des cultures, entre sciences du texte et tradition juive. Sémioticienne de formation, elle s’est orientée vers une approche littéraire et philosophique des textes contemporains, qu’elle met en dialogue avec les principes (idéologiques et méthodologiques) de l’herméneutique juive (Feu noir sur feu blanc, Verdier, 1986).
Parallèlement à ces recherches, elle a publié plusieurs ouvrages de facture méditative et poétique, dont Le pardon à la lune (Gallimard, 2001), consacré au tragique b
iblique.

 

Anthologie du judaïsme, 3000 ans de culture juive

Collectif

Editeur : Fernand Nathan (15 novembre 2007)


Que nous enseignent les textes d’une culture si ancienne, et pourtant toujours actuels ? Comment le judaïsme conjugue-t-il tradition et modernité ? Raison et religion ? Quels sont les liens d’Israël avec les diasporas ? Existe-t-il une littérature juive ? Cette anthologie met à la portée de tous les textes fondamentaux qui disent la richesse et la diversité d’une culture plusieurs fois millénaire. Les documents présentés ici ont été choisis et mis en perspective par les meilleurs spécialistes afin d’être une source de connaissance pour les plus exigeants tout en répondant aux questions des néophytes. À travers les textes fondateurs de la religion juive et leurs nombreuses strates d’interprétation, on découvre les principes du judaïsme et le souci constant qu’il a de l’enseignement (" Torah " vient de " enseigner ") et de la transmission. L’anthologie permet également d’entrevoir la richesse de la philosophie juive qui a subi de multiples influences et a elle-même influencé de nombreuses pensées. Dans le domaine de la littérature, les auteurs ont soulevé la question de l’identité juive avec une acuité particulière. Cette interrogation parcourt également les textes qui portent sur l’Histoire du peuple juif, des diasporas au sionisme. L’anthologie nous éclaire enfin sur les échanges fructueux qui traversent cette histoire mais aussi sur les persécutions terribles qu’endurèrent les Juifs dont la Shoah marque le paroxysme. Ce recueil constitue un ouvrage de référence indispensable à tous ceux qui veulent découvrir le judaïsme et les cultures juives ou approfondir leurs connaissances

 

Porteur de mémoires - un prêtre révèle la Shoah par balles

Patrick Desbois

Paru le : 25 Octobre 2007
Éditeur : M. Lafon, Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine)

Pendant l’invasion de l’URSS en 1941, les unités mobiles nazies ont suivi l’armée allemande pour abattre les juifs. L’auteur, prêtre de France, a mené une enquête en Ukraine. Il s’appuie sur les archives allemandes et soviétiques, l’enregistrement vidéo de témoignages, la visite des fosses communes juives et la collecte de preuves balistiques. Il revient aussi sur son parcours personnel.
Elle devait être la cinquième fusillée. Elle attendait debout dans le froid. Détonations. Sa voisine, touchée par une balle, l’entraîna dans sa chute... Elle reprit conscience au petit matin, au fond de la fosse, sous les corps. Elle ressortit nue, s’accrochant aux racines, couverte de sang. »

1941. Les Einsatzgruppen, unités mobiles nazies, s’enfoncent dans le territoire soviétique. Partout où elles encerclent les villages, tous les hommes, femmes et enfants juifs sont rassemblés, dénudés puis abattus avant d’être enterrés dans des fosses communes.

Juin 2002. Le père Patrick Desbois part sur les traces de cette Shoah jusqu’alors ignorée. Village après village, il va recueillir les témoignages de ceux qui ont vu. Fosse après fosse, il va récolter les preuves et reconstituer les conditions de ces milliers d’assassinats d’une rare sauvagerie. Pour que ces Juifs aient une sépulture digne de l’espèce humaine. Et pour que l’espèce humaine se rappelle qu’elle est aussi capable du pire. Et prenne garde.

 

Chrétiens en terre sainte, disparition ou mutation ?

C. Dupeyron

Editeur Albin Michel
Date de parution septembre 2007

L’attachement occidental à la Terre Sainte en général et à Jérusalem en particulier ne se dit pas, ne se dit plus. Il n’est plus revendiqué que ce soit par pudeur, par humilité, par crainte d’être accusé de nouvelle croisade ou par ignorance d’un lien que la laïcité a, peu à peu, étouffé. Enfoui, neutralisé, asphyxié, ce lien n’en est pas moins ancré au plus profond des cœurs et des esprits occidentaux, même déchristianisés. Aujourd’hui comme hier, Jérusalem reste pour eux le centre du monde, comme elle l’est pour les juifs et à un moindre degré pour les musulmans, qui placent la ville sainte après La Mecque et Médine.
A l’inverse, le XIXe de Chateaubriand avait été pour l’Europe le siècle de la redécouverte de cet Orient sacré et originel. Chaque congrégation catholique ou protestante se devait de prendre par à cette " reconquête chrétienne ", et les États leur prêtaient main forte, dans un enthousiasme analogue à celui de leur contemporain, le sionisme naissant. Aujourd’hui, le morcellement politique de la région a rendu la situation des chrétiens incertaine. Tandis que les communautés palestiniennes, prises en étau par le terrorisme islamiste et la répression israélienne, se tournent massivement vers l’exil, celles qui vivent en Israël connaissent un formidable renouveau, qui ne va pas sans poser de grandes questions. Si les cartographes ne font plus, comme il y a quatre siècles, de Jérusalem le centre du monde, les médias semblent les avoir largement relayés dans cette tâche. Entre la grandeur du passé, lointain ou proche, et les défis de la modernité, quel avenir pour les chrétiens de Terre sainte ?

 

Dans l'ombre d'Hobeika... en passant par Sabra et Chatila

Robert M. Hatem

Liban 1975-2002. Dans l’ombre de l’un des chefs de milices chrétiennes les plus importants, l’implacable Elie Hobeika (assassiné à Beyrouth il y a quelques mois), Robert M. Hatem, alias Cobra, son garde du corps pendant vingt ans, a tout connu, de l’assassinat de Béchir Gemayel aux dissensions internes et sanglantes des Phalanges chrétiennes, de la collusion avec Israël au ralliement à la Syrie.
A travers ce récit cru, Cobra nous livre des révélations choc sur les massacres de Sabra et Chatila, mais aussi sur l’extermination des dynasties chrétiennes Frangié et Chamoun et sur les déchirements armés interchrétiens – assassinats, voitures piégées, enlèvements, extorsion de fonds, drogues et autres trafics –, sur la mise à l’écart de Samir Geagea, sur les combats contre les Palestiniens à Beyrouth, jusqu’à la chute finale du général Aoun et la fin du réduit chrétien.
Un témoignage incontournable, de première main, pour mieux comprendre les dessous de la tragédie libanaise.

 

 

Face à la Bête - Des Iraniennes dans les prisons des mollahs

Hengameh Haj Hassan

En août 2004, une jeune fille de seize ans est pendue en public par le juge religieux de la ville de Neka, en Iran, parce qu'il lui reprochait d’avoir eu « la langue bien pendue » lors de son procès. Cette nouvelle révolte le monde entier. Or, depuis un quart de siècle, des dizaines de milliers de prisonniers sont exécutés en Iran, parmi lesquels des femmes et des adolescentes.
À travers le destin de Chékar, et de bien d’autres, l’auteur, qui a elle-même vécu cet enfer pendant trois ans, retrace et dénonce les terribles tortures physiques et psychologiques infligées aux Iraniennes dans les prisons des mollahs. Elle raconte aussi et surtout la formidable volonté de vivre et de résister qui les anime.
Au-delà du simple témoignage, voici le cri pudique et poignant de toute une génération de femmes bien décidées à affronter la « Bête » intégriste.

 

Sharon, le bras de fer

Freddy Eytan

Les projecteurs sont braqués sur le Proche-Orient : la poudrière de notre planète. Or, Ariel Sharon, un des principaux acteurs, l’homme qui tient les cartes de la paix en main, est terrassé brusquement par la maladie.
Le monde retient son souffle. Mais qui est Sharon ? Tour à tour, ou simultanément, attaqué ou encensé, haï ou acclamé, qui est cet homme sur qui le sort du monde repose ? Guerrier victorieux puis négociateur habile, voici le parcours de cette figure de proue aux multiples facettes : sa vie, ses actions tant militaires que politiques, ses triomphes, ses échecs, voire ses zones d’ombre, y compris ses drames familiaux.
Très documenté, fourmillant de révélations, de faits, de précisions, cette biographie offre un éclairage nouveau sur ce Grand. Une vraie radioscopie pour comprendre Israël demain et le monde qui va.

 

Un Premier ministre de Bourguiba témoigne

Mohamed Mzali

Tout responsable politique se sent redevable, devant la société et devant l’Histoire, de son itinéraire public, de son action au service de son pays. Mohamed Mzali, à travers ces mémoires, retrace son parcours, celui d’un patriote et d’un militant qui a dédié sa vie au peuple tunisien, dont il s’est toujours senti proche, et à un idéal humaniste auquel il continue, malgré vents et marées, à croire. Après avoir participé aux luttes pour  l’indépendance nationale, cet ancien Premier ministre de Bourguiba – le père de la Nation – a oeuvré pour l’édification d’un État moderne et l’avènement d’une démocratie pacifiée.
L’auteur raconte, après 18 ans d’exil, la Tunisie, et l’Afrique du Nord, face à l’émergence de l’islamisme, face aux turbulences arabes, face aux visées de Kadhafi, face à l’ancienne puissance coloniale et face au  problème d’Israël, notamment. Il témoigne de ce qu’il a vu, de ce qu’il a fait. Des révélations éclaireront d’un jour nouveau les péripéties d’une période de l’histoire récente de la Tunisie, parfois « travestie », et d’une région cruciale du monde.
Mohamed Mzali donne, sans peur ni bassesse, sa version des faits. Il nous livre ici sa « part de vérité ».

 

BOUTEFLIKA : une imposture algérienne 

Mohamed Benchicou

Comment ne pas penser à L’Automne du patriarche de Garcia Marquez, où est décrit le monde de la dictature à la sudaméricaine ? Cupidité, soif maladive du pouvoir, abus sexuels, telles sont les caractéristiques du pouvoir des
tyrans. Mais dans ce document, nous sommes bien loin de la cocasserie et de la jubilation du roman colombien. Peut-être qu’à l’avenir, ce livre prendra une dimension burlesque s’agissant des aventures de « l’enfant adultérin d’un système grabataire et d’une démocratie violée ». Pour l’heure, il a des résonances tragiques, car il s’agit de l’avenir et de la dignité nationale de l’Algérie. Plus qu’une charge contre Abdelaziz Bouteflika, l’auteur établit une chronique du temps perdu dans la recherche d’un destin national digne des innombrables sacrifices du pays.
Il dénonce avec force autant l’arlequin transformé en héros que le système, porté par des parrains aux biographies falsifiées, qui l’a mis sur scène. Ce livre a le courage du combat mené à visage découvert. Mohamed Benchicou ne s’attaque pas à un prince déchu. Il brandit la braise de son indignation morale et de sa colère de citoyen à la face du « maître » de l’heure, tandis que ce dernier se réclame de l’amitié des puissants de ce monde, de la légitimité d’un scrutin tronqué, use de la puissance persuasive des milliards d’une cagnotte nationale détournée et de la force dissuasive d’une justice réduite au triste rôle de geôlier auxiliaire.
Oui, ce livre est véhément et sans concessions ! Mais il est surtout précis et documenté. Il repose sur des écrits, des témoignages et des documents indiscutables car authentiques.

 

Ben Laden, la destruction programmée de l'Occident - Révélations sur le nouvel arsenal d'al-Qaida

Roland Jacquard et Atmane Tazaghart

Dans son premier livre Au nom d’Oussama ben Laden — préparé dès les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 et paru à la veille du 11 septembre 2001 —, Roland Jacquard avait, le premier, révélé qui était Ben Laden et son « état-major » et anticipé les plans du chef d’al-Qaida. Dans son deuxième ouvrage, Les Archives secrètes d’al-Qaida, l’auteur a disséqué la nouvelle organisation des radicaux islamistes.
Coécrit avec le journaliste Atmane Tazaghart, ce troisième livre dévoile les secrets de la traque de Ben Laden, les noms et les projets terrifiants des nouveaux chefs d’al-Qaida. Outre les nombreuses sources auxquelles ils ont
eu accès dans les milieux antiterroristes occidentaux, arabes et asiatiques, les auteurs se sont appuyés sur les témoignages inédits de membres des réseaux d’al-Qaida, en liberté ou en prison. Un dossier secret, des faits, des noms, des documents, des révélations qui vont plus loin que toutes les commissions d’enquête.

La France, Israël et les Arabes : le double jeu ?

Freddy Eytan

De la guerre de Kippour (ou guerre du Ramadan) à la mort de Yasser Arafat, de la nomination de Jacques Chirac comme Premier ministre au dixième anniversaire de sa présidence, voici trente années de l’histoire tourmentée du couple France-Israël. Tensions, malentendus, incompréhensions, ruptures, réconciliations : au fil des événements, Freddy Eytan, avec l’oeil du journaliste et le sérieux du diplomate, retrace les relations tumultueuses des deux pays, y compris dans ses recoins les plus secrets. D’autant que dans ce couple agité s’immisce un troisième partenaire : les Palestiniens. À travers le destin de ce tandem, l’auteur dissèque un conflit complexe et aborde une des questions cruciales du monde d’aujourd’hui : la poudrière du Proche-Orient.
Un document rare : l’auteur ne philosophe pas sur la situation, il la photographie et nous l’explique sans tabou ni oeillères.


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